Comme un conte par Graham Joyce

They don’t care about us – Michael Jackson

 

Comme un conte est un policier/fantastique écrit par Graham Joyce et publié aux éditions Bragelonne. Il comporte 448 pages.

Il y a vingt ans, une adolescente nommée Tara disparaît sans laisser de trace. Son corps n’a jamais été retrouvé, et sa famille a fini par accepter son deuil. Pourtant, le soir de Noël, on frappe trois coups à la porte. Sur le seuil se tient une jeune fille qui ressemble étrangement à Tara. Et elle a l’air toujours aussi jeune… après la joie des retrouvailles, des questions se posent. Peter, qui ne croit pas aux miracles, croit encore moins à l’histoire de sa soeur, qui prétend avoir été enlevée par des fées…

 

***

Je ne m’explique pas la présence de ce livre dans ma PAL d’été. C’est encore Nina qui m’a orientée vers lui, mais il détonne complètement de ce que j’ai l’habitude de lire. Et j’ai été plutôt déçue de cette lecture.

Nous suivons donc une famille dont la plus jeune fille, Tara, a disparu. Des années plus tard, une jeune femme frappe à la porte des parents le soir de Noël. C’est Tara qui réapparaît comme par magie, après vingt ans. On sent très bien que le livre va tourner autour de la réalité, du mensonge, faire en sorte que le lecteur ne sache pas si l’histoire de Tara est réelle, où si elle a tout inventé. Et pour moi ça ne marche pas. Pas du tout. Paradoxalement, je n’ai pas réussi à lâcher ce livre, mais il ne m’a pas plu.

« Si vous êtes capable de nommer une chose, vous pouvez la mettre dans une boîte et refermer le couvercle. Cette boîte-ci ou cette boîte-là. Si vous ne pouvez la nommer, la chose est libre d’aller où elle veut. N’est ce pas la liberté ? »

Les descriptions sont simples et vont droit au but ; je n’ai pas grand chose à dire de ce point de vue là. L’histoire sans être originale, aurait pu donner quelque chose de bien, mais manque un peu de fantastique. D’accord on a des fées (qui mériteraient un autre nom mais j’en parlai plus tard) qui se baladent ici ou là dans le récit, mais il n’y a pas de « magie » en temps que telle. Et c’est peut-être ce qui m’a manqué (entre autre).

De plus, j’ai eu un très gros problème avec ce que je qualifierais de contexte ; l’intrigue principale est bel et bien l’arrivée de Tara dans la vie de son entourage, mais gravite autour de cela d’autres « sous-intrigues ». Par exemple, ce qui s’est passé il y a vingt ans, l’enquête (dont on ne sait qu’une brève partie) et les suspects désignés (dont son petit ami de l’époque mais là encore j’y reviendrais). En soit, ces passages sont biens, ils nous permettent de comprendre la disparition et ce qui a suivi ; mais je trouve que le temps d’explication est un peu court, et pour un livre dit policier, je n’ai pas beaucoup vu d’enquête. Mais ce n’est pas là le gros du problème ; on a également droit à la vision du fils de Peter, le frère de Tara, qui a tué un chat. Je n’ai vu aucun intérêt à son point de vue, ni à son histoire, qui à mes yeux ne sert qu’à introduire (et encore très peu) le personnage de la vieille dame utile dans la toute fin du livre (fin qui d’ailleurs est prévisible). A part étoffer le caractère du fils (désolée je ne me rappelle plus de son nom) je trouve que cette partie de l’histoire ne sert pas à grand chose. Et là on arrive à la première conclusion qui m’est venu quand j’ai fini le livre. A quoi cette histoire a servi ? La situation d’arrivée est la même que celle de départ et l’évolution des personnages n’est pas le point fort du livre. A part explorer le psyché de personnes (et encore) je n’ai pas eu ce que je recherche le plus dans un livre (et c’est également la raison pour laquelle je préfère amplement lire de la science-fiction ou du fantasy) je ne suis pas partie avec les personnages. Je n’ai pas rêvé avec eux, je ne les ai pas accompagné pour une quête, un but, ou autre chose. Et je pense que c’est en grande partie pour ça que je n’ai pas apprécié ce livre.

« Juste une seconde. Le temps qu’il faut pour prononcer ton nom. Parce que si j’obtiens ça de toi, alors j’aurai lézardé le mur, et je pourrai élargir cette lézarde en fissure, puis gratter jusqu’à faire un trou, où le vent s’engouffrera, et le mur commencera alors à disparaître. »

On s’attaque maintenant aux personnages. Qu’est-ce que serait une histoire sans antagoniste cruel et sadique, et protagoniste au cœur tendre prêt à sauver le monde ? Même si le genre du livre ne se prête pas à ces stéréotypes, on a le droit à d’autres clichés. La mère poule, le frère protecteur et un peu bourru, le petit ami guitariste et sympa, le fils qui se voit offrir un fusil et les filles qui restent à l’intérieur. Et bien oui, je n’aime aucun des personnages de l’histoire, même pas Tara. Je la trouve égoïste et stupide. Ses parents sont quasiment invisibles, le psy est sexiste et ne voit que le désir d’une jeune femme à travers son histoire de fée, et le reste des personnages s’en veut pour la disparition de Tara. Le plus crédible reste le petit ami, puisque c’est après une dispute que Tara a disparu, et c’est le seul personnage que je trouve intéressant. Après la tragédie il finit dépressif et dépendant à la drogue et à l’alcool. Il a laissé tomber sa carrière prometteuse à cause de Tara, et revit presque quand elle réapparaît.

Je dois maintenant faire une petite parenthèse sur les fées. (que j’inclue dans les personnages même si c’est un peu plus compliqué). Si je vous dit fée, à quoi pensez-vous ? A des petits êtres graciles, taquins et microscopiques qui volettent et font des farces ? Et bien non ! Les fées sont en fait des hommes. En tout cas, ils en ont l’apparence ; la seule différence entre eux et les hommes sont leurs mœurs libérées. Et leurs caractères vraiment horribles. Je vais vous donner quelques exemples pour que vous rendiez compte. La fée (je l’appellerai comme ça car je ne me rappelle plus de son nom encore) qui emmène Tara (qui suivrait un gars qui ne vous donne pas son nom et qui vous propose de venir chez lui à dos de cheval blanc ?) dans le merveilleux et incroyable (cynisme) monde des fées est, et pardonnez moi l’expression, un connard manipulateur et possessif. Il va jusqu’à attaquer Richie (et essayer le tuer plusieurs fois, dont une en s’attaquant à son cerveau et en lui « donnant » une tumeur) sous prétexte que Tara « est trop bien pour lui ». De un, il faudrait peut-être demander à la fille son avis, et de deux, vouloir tuer quelqu’un simplement parce qu’il aide votre soit-disant âme sœur, ce n’est PAS BIEN. La fée est complètement déconnectée du monde réel et très possessive. Et ils sont tous comme ça.

« – D’où êtes-vous […] ?

– Eh bien, si je ne suis pas  « d’ici « , je dois donc être de « là-bas ». »

Quand Tara raconte son histoire au psychologue, on se rend compte que les fées sont très « connectées » avec la nature. Au point qu’ils se baladent tous nus et qu’ils font l’amour en public sans aucune gêne (il y a même un passage où Tara se voit proposer quelques instants de sport de chambre). D’accord c’est peut-être une façon de vivre. Mais là, ce n’est pas du tout ce que j’appellerai des fées (pourquoi pas faes ? Ça semble leur correspond plus). Chaque chose a sa définition et celle des fées c’est généralement être imaginaire, de sexe féminin et doté d’un pouvoir surnaturel. (c’est pas moi qui le dit c’est Larousse). Et on a aucun moyen de savoir si ces fées ont des pouvoirs, même si on sait que la magie existe clairement. En effet, pour compléter le tableau, on a une scène où toutes les fées se mettent (toujours nues) dans un lac et jouissent joyeusement toutes ensemble. Comme ça on ne dirait pas, mais ça a un rapport avec l’histoire de base. Je pense que par là l’auteur veut nous faire comprendre que les fées respectent la nature, vivent avec elle et elle finit par les remercier (je crois). Mais c’est tellement loin de l’intrigue principale, où une jeune femme rentre chez elle après vingt ans. Il y a presque un côté vulgaire, tant le sexe est présent.
Je ne vais pas vous parler des relations entre les personnages, ça serait comme tirer sur l’ambulance, rien de bien surprenant ni particulièrement intéressant par ici.

« Le monde a commencé à s’ouvrir pour moi. Je savais exactement où trouver la nourriture. Je trouvais des bassins pour boire, des champignons de la taille de mon poing et des baies aussi grosses que des pommes. Je n’avais qu’à regarder autour de moi. »

En conclusion : Une histoire que je n’ai pas réussi à apprécier, à cause de nombreux petits défauts, mais peut-être également parce que ce n’est pas du tout mon type de livre, et que je préfère largement bon fantasy qui se place clairement comme tel.

Par Claire


3 réflexions sur “Comme un conte par Graham Joyce

  1. Il est dans ma pile depuis l’OP Bragelonne 🙂 Ca ne me surprend pas qu’il soit un peu ambigu au niveau du genre, j’avais déjà remarqué qu’ils l’ont publié dans la collection « L’autre », qui rassemble justement les bouquins un peu OVNI qu’ils ne savent pas où ranger… Personnellement ça m’intrigue beaucoup ! J’y plongerai plus prudemment maintenant que j’ai lu ton avis, mais paradoxalement ça me donne encore plus envie de le découvrir ^^ La suite au prochain épisode ! 😛

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  2. C’est clair que ce n’est pas le meilleur Graham Joyce. L’idée est bonne, les personnages sont intéressants, mais l’histoire ne décolle jamais vraiment (ou on s’attend à ce qu’il se passe autre chose que ça). Même si, style de l’auteur oblige, on passe un bon moment parce que c’est bien écrit. Au cœur du silence, également de lui, a ces mêmes qualités et défauts ; il manque un truc, une envolée à un moment donné pour marquer l’esprit du lecteur.

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