Premières Lignes #8

Retour exceptionnel de l’unique article du mois, mon rendez-vous ! XD Etant clairement en retard (de deux mois en fait …), je vous présente donc les premières lignes d’une de mes lectures de novembre ! De fait, dans le cadre de mes études, j’ai dû lire Proust. Et comme beaucoup je pense, j’avais émottement de préjugés sur la longueur des phrases, la lourdeur du style etc … Et en vérité Un Amour de Swann ne m’a pas déplut ! J’ai été très surprise de le constater (je crois que je n’en reviens toujours pas) et de voir mes préjugés s’effondrer petit à petit. Le style ne m’a pas dérangé du tout et si il y a quelques longueurs c’est plus dans l’histoire qu’à cause de phrases que l’on n’arriverait pas à finir … Je tiens donc à vous présenter le début pour que peut-être vous ayez envie de vous y essayer (Un Amour de Swann est assez court comparé aux pavés de Zola ou Balzac !) et de découvrir un auteur que l’on estime souvent réservé aux gens très instruits ou je ne sais quoi.
Je rappelle juste le principe de ce rendez-vous créé par Ma Lecturothèque. Premières Lignes est un rendez-vous hebdomadaire qui consiste à présenter les premières lignes d’un livre ou de sa lecture en cours. Habituellement je le fais plutôt mensuel mais au vu de mon retard, vous aurez un article par semaine ce mois-ci avant de tenter de reprendre un rythme normal en février.
Sur ce, bonne lecture !

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Pour faire partie du « petit noyau », du « petit groupe », du « petit clan » des Verdurin, une condition était suffisante mais elle était nécessaire : il fallait adhérer tacitement à un credo dont un des articles était que le jeune pianiste, protégé par Mme Verdurin cette année−là et dont elle disait : « Ça ne devrait pas être permis de savoir jouer Wagner comme ça ! », « Enfonçait » à la fois Planté et Rubinstein et que le docteur Cottard avait plus de diagnostic que Potain. Toute « nouvelle recrue » à qui les Verdurin ne pouvaient pas persuader que les soirées des gens qui n’allaient pas chez eux étaient ennuyeuses comme la pluie, se voyait immédiatement exclue. Les femmes étant à cet égard plus rebelles que les hommes à déposer toute curiosité mondaine et l’envie de se renseigner par soi−même sur l’agrément des autres salons, et les Verdurin sentant d’autre part que cet esprit d’examen et ce démon de frivolité pouvait par contagion devenir fatal à l’orthodoxie de la petite église, ils avaient été amenés à rejeter successivement tous les « fidèles » du sexe féminin. En dehors de la jeune femme du docteur, ils étaient réduits presque uniquement cette année−là (bien que Mme Verdurin fût elle−même vertueuse et d’une respectable famille bourgeoise, excessivement riche et entièrement obscure, avec laquelle elle avait peu à peu cessé volontairement toute relation) à une personne presque du demi−monde, Mme De Crécy, que Mme Verdurin appelait par son petit nom, Odette, et déclarait être « un amour », et à la tante du pianiste, laquelle devait avoir tiré le cordon ; personnes ignorantes du monde et à la naïveté de qui il avait été si facile de faire accroire que la princesse de Sagan et la duchesse de Guermantes étaient obligées de payer des malheureux pour avoir du monde à leurs dîners, que si on leur avait offert de les faire inviter chez ces deux grandes dames, l’ancienne concierge et la cocotte eussent dédaigneusement refusé.

Les Verdurin n’invitaient pas à dîner : on avait chez eux « Son couvert mis ». Pour la soirée, il n’y avait pas de programme. Le jeune pianiste jouait, mais seulement si « ça lui chantait », car on ne forçait personne et comme disait M. Verdurin : « Tout pour les amis, vivent les camarades ! » Si le pianiste voulait jouer la chevauchée de la Walkyrie ou le prélude de Tristan , Mme Verdurin protestait, non que cette musique lui déplût, mais au contraire parce qu’elle lui causait trop d’impression. « Alors vous tenez à ce que j’aie ma migraine ? Vous savez bien que c’est la même chose chaque fois qu’il joue ça. Je sais ce qui m’attend ! Demain quand je voudrai me lever, bonsoir, plus personne ! » S’il ne jouait pas, on causait, et l’un des amis, le plus souvent leur peintre favori d’alors, « lâchait », comme disait M. Verdurin, « une grosse faribole qui faisait esclaffer tout le monde », Mme Verdurin surtout, à qui, − tant elle avait l’habitude de prendre au propre les expressions figurées des émotions qu’elle éprouvait − le docteur Cottard (un jeune débutant à cette époque) dut un jour remettre sa mâchoire qu’elle avait décrochée pour avoir trop ri.

L’habit noir était défendu parce qu’on était entre « copains » et pour ne pas ressembler aux « ennuyeux » dont on se garait comme de la peste et qu’on n’invitait qu’aux grandes soirées, données le plus rarement possible et seulement si cela pouvait amuser le peintre ou faire connaître le musicien. Le reste du temps, on se contentait de jouer des charades, de souper en costumes, mais entre soi, en ne mêlant aucun étranger au petit « noyau ». Mais au fur et à mesure que les « camarades » avaient pris plus de place dans la vie de Mme Verdurin, les ennuyeux, les réprouvés, ce fut tout ce qui retenait les amis loin d’elle, ce qui les empêchait quelquefois d’être libres, ce fut la mère de l’un, la profession de l’autre, la maison de campagne ou la mauvaise santé d’un troisième. Si le docteur Cottard croyait devoir partir en sortant de table pour retourner auprès d’un malade en danger : « Qui sait, lui disait Mme Verdurin, cela lui fera peut−être beaucoup plus de bien que vous n’alliez pas le déranger ce soir ; il passera une bonne nuit sans vous ; demain matin vous irez de bonne heure et vous le trouverez guéri. »

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Je vous met ici, comme d’habitude, la liste des participant.e.s à ce rendez-vous, tenue à jour par sa créatrice ! ^^

La Chambre rose et noire
Au baz’art des mots
Light & Smell
Chronicroqueuse de livres
Les livres de Rose
Au détour d’un livre
Lady Butterfly & Co
Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
La Voleuse de Marque-pages
Vie quotidienne de Flaure
Ladiescolocblog
Selene raconte
Les lectures d’Angélique
Pousse de gingko
Rattus Bibliotecus
La Pomme qui rougit
Ma Petite médiathèque
Chat’Pitre
La Booktillaise
Lectoplum
Encore un livre
Le monde de Gulia
Alohomora
Le monde de Callista 
Ma Lecturothèque

Par Sophie.

 

 

 

 

 

 

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5 réflexions sur “Premières Lignes #8

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