Premières Lignes #13

Hello hello ! Un rendez-vous un peu en retard mais j’ai eu du mal à me décider sur quoi vous présenter pour ce mois d’avril ! Et puis j’ai commencé une trilogie. La trilogie que je n’ai pas encore finie mais dont les deux premiers livres ont été des coups de coeur. La trilogie sur laquelle, dès que j’aurai le temps, je ferai un Parlons Saga tellement il faut que je vous explique pourquoi c’est génial. Bref je vous présente le premier tome de la série La Guerre du Lotus de Jay Kristoff, Stormdancer, un livre qui réunit tous les éléments dont j’avais besoin pour l’aimer (aka le Japon, une créature fantastique pseudo disparue, des intrigues, des relations compliquées et ambiguës … ). Je vous laisse donc en compagnie du premier chapitre, juste après vous avoir rappelé le principe du rendez-vous Premières Lignes créé par Ma Lecturothèque : citer les premières lignes de sa lecture en cours, normalement toutes les semaines mais je le fais tous les mois (le retard de ce mois-ci suffit comme explication ^^’ …). Je vous met la liste des participant.e.s en bas de l’article ! Bonne lecture 🙂

***

 

PREMIÈRE PARTIE

Feu

« Notre prélude était le Néant.
L’infini des possibles, avant que la vie prenne son souffle.
Du rien jaillirent deux : brillant Seigneur Izanagi, fondateur et père,
Sa belle femme, grande Dame Izanami, mère de toute chose,
Et de leurs joyeuses épousailles, huit précieux enfants naquirent :
Les îles de Shima. »

Livre des dix mille jours.

 1

YUKIKO

Alors que la matraque de fer fendait l’air en direction de sa tête, Yukiko regretta de ne pas avoir écouté son père.
Elle roula sur le côté au moment où son abri volait en éclats tandis que des pétales d’azalée retombaient sur les épaules de l’oni comme des flocons odorants. Le démon se pencha au-dessus d’elle, haut de plus de trois mètres, la menaçant de ses défenses renforcées de métal et de ses longs ongles fendus. Il dégageait une puanteur de sépulture ouverte, avait les cheveux en feu, une peau lisse d’une teinte bleu foncé, et les yeux comme des bougies funèbres qui éclairaient la forêt d’une lueur blafarde. La matraque entre ses mains faisait deux fois la taille de Yukiko. Il suffisait qu’un coup l’atteigne et jamais plus elle ne reverrait le samouraï aux yeux bleu-vert.
Ah, c’est malin, se sermonna-t-elle. Penser aux garçons à un moment pareil !
Un rugissement chargé de postillons lui heurta la poitrine, chassant une volée de moineaux des ruines du temple derrière elle. Un éclair lécha les nuages, illuminant rapidement la scène d’une lumière blanche et brillante : l’immensité de la forêt sauvage, la jeune fille de seize ans acculée et le démon infernal prêt à lui écraser le crâne.
Yukiko se mit à courir.
Les arbres s’étendaient en toutes directions, créant au sol un réseau de racines enchevêtrées et d’arbustes empestant la pourriture verte. Les branches lui fouettaient le visage et déchiraient ses vêtements, la pluie et la sueur formaient un film sur sa peau. Elle toucha le tatouage de renard qui s’enroulait sur son bras droit, et suivit du doigt ses neuf queues, pour favoriser son destin. Dans son dos, le démon rugit en la voyant s’échapper entre les racines et les branches basses et s’enfoncer au plus profond de la chaleur suffocante.
Elle hurla pour alerter son père. Ou Kasumi, ou Akihito. Ou n’importe qui.
Mais personne ne vint. Des arbres éclatèrent et s’effondrèrent devant elle, fendus jusqu’au cœur par une épée gigantesque. Un autre oni apparu derrière le rideau de verdure saccagée. Son visage était un masque de tombe, ses lèvres étaient percées d’anneaux de fer rouillé. Yukiko plongea sur le côté lorsque la grande épée s’abattit sur elle. Et trancha l’extrémité de sa tresse. De longues mèches noires tombèrent doucement sur les feuilles mortes.
Elle se relevait d’une roulade lorsque l’oni l’attrapa, plus vite qu’un essaim de mouches, et son étreinte de fer lui arracha un cri. Elle était assez près de lui pour lire les kanji blasphématoires gravés sur le pendentif de la créature, assez près pour sentir la chaleur que dégageait sa chair. Le premier oni les rejoignit, rugissant de joie. Lorsque le ravisseur de Yukiko ouvrit les mâchoires, une langue noire et fine comme un ver se tortilla entre ses dents.
Elle dégaina son tantō et enfonça ses quinze centimètres d’acier laminé dans la main du démon, jusqu’à la garde. Le sang gicla, noir et brûlant sur la peau pâle de Yukiko. L’oni rugit et la projeta contre un cèdre. Sa tête heurta le tronc avec un craquement, et elle s’effondra à terre comme une poupée de chiffon. Le poignard ensanglanté lui échappa des mains. L’obscurité l’envahit peu à peu, Yukiko tentant vainement de la repousser.  Pas comme ça.
Le rire du premier démon lui fit penser aux hurlements des enfants attachés aux bûchers de la Guilde, sur la place du marché. Son compagnon blessé grommela des mots prononcés à l’envers et approcha à grands pas, l’épée brandie pour l’achever. Un éclair se refléta sur la lame, et le temps ralentit lorsque l’arme s’abattit. Yukiko repensa à son père, souhaitant de tout son être lui avoir obéi, pour une fois dans sa vie.
Dans le ciel, un coup de tonnerre résonna. Une forme blanche jaillit du sous-bois et atterrit sur le dos de l’oni dans une confusion de lames de rasoir, d’étincelles bleues et de battements d’ailes. Le démon poussa un cri perçant lorsque la bête lui déchira les épaules, arrachant la chair avec son bec luisant de sang.
Le premier oni grogna et fit tournoyer sa matraque de guerre. L’attaquant s’éleva alors dans les airs, soulevant des tourbillons de feuilles mortes et de pétales blancs comme neige qui dansèrent au rythme de ses battements d’ailes. Le tetsubo du démon percuta violemment le dos de son compagnon. L’os vola en éclats sous le choc et la colonne vertébrale de l’oni se brisa comme du verre noir mouillé. Il s’effondra et poussa un dernier souffle empli de vapeur sombre sur le visage terrifié de Yukiko.
L’arashitora atterrit en déséquilibre, et enfonça ses serres ensanglantées dans la terre.
L’oni regardait le corps de son compagnon en faisant passer sa matraque d’une main à l’autre. Puis il poussa un rugissement de défi, souleva son arme, et chargea. Les deux créatures entrèrent en collision, bête et démon se précipitant mutuellement au sol, où ils roulèrent dans une rafale de plumes, de pétales et de cris furieux.
Yukiko essuya la souillure noire de ses yeux, tentant péniblement de se remettre de sa commotion. Elle voyait des formes indistinctes rouler dans les feuilles, des explosions noires tacher les azalées en fleur. Elle entendit un craquement, un gargouillis étouffé, puis le silence, vaste et vide.
Elle cligna des yeux dans la pénombre, sentant son pouls battre sourdement dans ses orbites.
La bête sortit de l’ombre, les plumes couvertes de sang noir. Elle se dirigea vers Yukiko et baissa la tête en grognant. La jeune fille tâtonna par terre à la recherche de son tantō, palpant la boue et les feuilles détrempées pour pallier à sa vision amoindrie. L’obscurité l’appelait à elle, bras grands ouverts, avec la promesse d’un terme à toutes ses frayeurs. Retrouver son frère. Quitter cette île à l’agonie et son ciel empoisonné. Se coucher et enfin dormir, après une décennie de clandestinité. Elle ferma les yeux et appela de ses vœux la sécurité et la chaleur de son foyer, là où elle serait nichée sous ses couvertures, dans l’atmosphère enfumée par les volutes bleu-noir s’échappant de la pipe de son père. La bête ouvrit le bec et rugit, comme une tornade – un cri qui avalait la lumière et les souvenirs.
Et ce fut l’obscurité totale.

***

La Chambre rose et noire
Au baz’art des mots
Light & Smell
Chronicroqueuse de livres
Les livres de Rose
Lady Butterfly & Co
Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
La Voleuse de Marque-pages
Vie quotidienne de Flaure
Ladiescolocblog
Selene raconte
Pousse de gingko
La Pomme qui rougit
Chat’Pitre
La Booktillaise
The Cup of Books
Le Parfum des Mots
Les lectures d’Emy
Songes d’une Walkyrie
Shury lecture
Aliehobbies
Entre deux lignes
Rattus Bibliotecus
Figures de style
Ma petite médiathèque
Ma Lecturothèque

Par Sophie.

 

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3 réflexions sur “Premières Lignes #13

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