Le Fleuve céleste par Guy Gavriel Kay

Let there be night – Kissin Dynamite

Résultat de recherche d'images pour "le fleuve céleste"Le Fleuve céleste, écrit par Guy Gavriel Kay, publié aux éditions L’atalante comporte 695 pages et s’inspire de l’histoire de la Chine médiévale, ainsi que de certains personnages pour créer un monde fantastique. Considéré comme le second tome des Chevaux célestes, qui se passe 300 ans plus tôt, ils peuvent néanmoins se lire indépendamment l’un de l’autre.

Restaurons la gloire passée de la Kitai,
Reprenons nos fleuves et nos montagnes,
et offrons-les en tribut royal à notre auguste empereur.

Voici l’histoire de Ren Daiyan, le fils d’un obscur archiviste d’une lointaine province de la Kitai. Il rêve de victoires et d’exploits ; il rêve de restituer à l’empire les Quatorze Préfectures tombées aux mains des barbares. Un long cheminement l’attend, mais vers quel destin ?
Car la glorieuse Kitai d’antan n’est plus et les cavaliers des steppes du Nord menacent son intégrité, sous le gouvernement de l’empereur Wenzong, mélancolique esthète, et d’une cour déchirée par des factions en conflit permanent que seule unit la crainte d’un coup d’État militaire.
C’est aussi l’histoire de Lin Shan, l’enfant unique d’un gentilhomme de la cour, cultivée plus qu’il n’est convenable à une femme. Si elle scandalise les bien-pensants, elle charme l’empereur par ses talents de poétesse. Farouchement indépendante mais bridée par sa condition, elle est l’image même d’une civilisation suprêmement raffinée, mais en crise.

Je ne puis empêcher les feuilles de tomber.

Car c’est enfin l’histoire d’un monde qui s’apprête à basculer sous les étoiles du fleuve céleste.

Après la Chine des Tang dans Les Chevaux célestes, c’est la fin des Song du Nord, trois siècles et demi plus tard, qui s’inspire Guy Gavriel Kay dans Le Fleuve céleste.

***

C’est avec plaisir que je reprends la plume après cette longue année, plutôt éprouvante mais très enrichissante. Je peux enfin revenir aux livres « loisirs », et aujourd’hui je viens vous parler du  Fleuve céleste, un roman plutôt conséquent, mais que j’ai beaucoup aimé, tant par son histoire que par l’ambiance que l’auteur réussi à installer tout au long du livre. Plongeons ensemble au coeur d’une Chine médiévale réinventée pour l’occasion…

« Le pinceau du scribe est l’arc du guerrier. Les lettres qu’il dessine sont des flèches qui doivent toucher leur cible sur la page. Le calligraphe est un archer ou un général sur le champ de bataille. Quelqu’un l’a écrit il y a bien longtemps. Tel est son état d’esprit ce matin. Elle est en guerre. »

Car c’est bien ce que nous propose l’auteur ; une fiction inspirée de lieux, de faits, et de personnes ayant réellement existé. L’auteur affirme s’inspirer de la dynastie chinoise des Song du Nord, avant et après la chute du Kaifeng. Etant une période que je ne connaissais pas, ce livre ma donné envie d’en apprendre plus sur l’histoire de cette dynastie, et bien plus sur l’histoire de la Chine en général, car c’est bien souvent la période de la Chine communiste, post 49 que l’on étudie le plus.

Au travers du livre, on ressent à la fois l’inspiration d’une Chine médiévale, tout en percevant en même temps, une certaine touche de fantasie, de magie, qui donne une réelle âme à l’univers ; on imagine sans peine les prairies verdoyantes, les collines qui façonnent le paysage, les immenses villes où se bousculent des milliers d’habitants, les palais remplient de joyaux et richesses abondantes. L’esprit que dégage ce monde m’a particulièrement touchée, d’autant plus que les descriptions des lieux ne sont ni trop légères, ni trop lourdes, et le style que je trouve poétique de l’auteur nous embarque facilement avec lui.

De plus, la situation dans laquelle se trouve le pays appelé la Kitai est bien exposée, et l’on en comprend aisément les enjeux. Chaque personnage a ses raisons, et tout semble cohérent et logique ; on est rarement méchant pour être méchant. La société entière a son propre mode de fonctionnement, pas nécessairement entièrement expliqué, mais suffisant pour que l’on comprenne assez bien de quoi il en retourne ; en cela, ce livre pose de véritables questions, et notamment la place des femmes dans cette société, au travers du personnage de Lin Shan, un jeune femme trop intelligente pour son temps. Sa volonté inébranlable et sa ruse en font une protagoniste intéressante à suivre, et non une éième héroïne insipide qui ne sait pas ce qu’elle veut et qui, malgré son image de femme forte que veut nous faire ingurgiter l’auteur, doit sans cesse se faire sauver par un homme, avec qui elle se sent obligée de sortir à la fin. J’ai également trouvé que le livre menait une réflexion sur le pouvoir et l’ethnocentrisme, le rapport des civilisations les unes avec les autres ; qui de la société qui se prétend raffinée ou des barbares venus des contrées voisines est le plus monstrueux ? En réalité, la destinée implacable fauche dans les deux camps, et aucun des deux ne s’en sort indemne ; finalement, bien plus que les civilisations, ce sont les hommes, peu importe leur origine, qui sont monstrueux. Sous le vernis d’une civilisation subtile et sophistiquée se cache une vérité plus effrayante.

Mais un roman n’est pas complet sans chaque personnage est traité avec soin, et selon le point de vue auquel on se place, toutes les décisions nous paraissent raisonnables. Ils semblent être de véritables hommes, pleins de complexités et de paradoxes, essayant de survivre au monde dangereux des intrigues et des complots politiques. Bien souvent les romans mettent en scène des mondes manichéens, par nécessairement intéressants psychologiquement parlant ; cependant, dans ce livre, les protagonistes se révèlent être riches de sentiments et d’émotions que l’on pourrait très bien ressentir nous même. Le nombre de personnages plus ou moins principaux étant très élevés, je voudrais simplement parler de deux voire trois d’entre eux. Tout d’abord, celui que l’on pourrait déterminer comme principal héros, Ren Daiyen, un jeune homme, fils de fonctionnaire dans une lointaine préfecture de la Kitai, qui a un rêve ; reprendre les Quatorze Préfectures tombées aux mains des barbares. Son histoire suit celle de la Kitai, et d’un jeune homme perdu, il devient peu à peu maître de son destin. Il est calme, réfléchi, rusé, et se révèle être un excellent meneur d’hommes. On éprouve de la véritable empathie pour lui. Il n’est cependant pas exempt de défauts. Le second personnage que l’on pourrait qualifier de personnage très important est Lin Shan, la fille d’un gentilhomme de la cour, qui se révèle être trop intelligente pour son temps et sa condition de femmes. Elle est véritablement une femme forte prise au piège d’une société trop conservatrice. De la manière dont je les décris et dont je les présente, vous vous doutez que nécessairement, il vont finir ensemble. Cependant, bien que j’éprouve une réelle répulsion à l’idée de romance étalée tout au long d’un livre, celle-ci a un charme tout particulier. Discret, il amène des enjeux sans pour autant gâcher toute l’histoire, dont le véritable atout est pour moi la complétude de l’univers. Car en plus de nos deux tourtereaux, il y a de nombreux autres personnages tout aussi important, et qui apportent des points de vue différents sur la situation de la Kitai et de ses voisins. Ainsi, j’ai beaucoup apprécié d’avoir l’histoire du côté des barbares, qu’ils soient Xiaolu ou Altaï. Les ressorts dramatiques et les nœuds qui se nouent entre les personnages notamment par le biais de relations que je trouve bien développées, sont assortis d’une peur de voir les personnages mourir à chaque instant, car l’auteur n’hésite pas ; le destin semble implacable.

« On croyait suivre le fil convenu de son existence et il se produisait un bouleversement soudain, après quoi on comprenait qu’elle venait en réalité de commencer. A l’instant. Tout ce qu’il avait vécu avant cette nuit était devenu pour lui comme un prélude, les notes égrenées sur un pipa pour l’accorder et s’assurer qu’il fut prêt pour la chanson à venir. »

J’ai néanmoins quelques points négatifs à exprimer avant de conclure. Tout d’abord, l’auteur fait quelques fois des sauts dans le temps, qui m’ont par moment déstabilisée, surtout au début ou tous les personnages ne sont pas encore très bien positionnés, et où on peut par moment flotter ; les noms sont nombreux, tout comme les lieux, et les consonances de ces noms ne me sont pas habituelles ; on a vite fait d’oublier qui est qui, ou quelle est la fonction précise d’un des protagonistes. Enfin, ce qui m’a peut-être le plus « déçue », la fin, que je trouve très frustrante. Plus l’on s’approche de la fin, plus l’on sait que quelque chose va tout faire dérailler, on finit par l’anticiper, en priant pour se tromper. Mais la destinée est inévitable, et bien que concluant admirablement et surprenament ce livre, elle reste très frustrante.

***

♥♥♥♥♥ J’ai eu véritablement un très gros coup de cœur sur ce livre, extrêmement agréable à lire malgré certains passages assez flous lors d’une première lecture (merci le glossaire). Ecriture magique et poétique qui nous embarque dans un univers fabuleux, aux côtés de personnages attachants et réellement humains, pris dans des enjeux de taille. Malgré cette fin frustrante, ce livre reste très beau et poétique, et je vais m’empresser de trouver les autres livres écrits par cet auteur.

Par Claire.


Une réflexion sur “Le Fleuve céleste par Guy Gavriel Kay

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