Le Prieuré de l’Oranger par Samantha Shannon

Dragonforce – Through the Fire and Flames

Résultat de recherche d'images pour "le prieuré de l'oranger"Si vous aimez la magie, les univers merveilleux ou les dragons volant en liberté, alors vous êtes plutôt bien tombé ; aujourd’hui on s’attaque à un monument, un bon gros pavé de 1 000 pages. Mais pas de panique, les pages défilent très vite, et on a à peine le temps de commencer qu’on finit déjà. Sans plus de suspense (de toute façon vous avez vu le titre et la couverture) je vous dévoile le livre de cette chronique : Le prieuré de l’Oranger, par Samantha Shannon. Il comporte à peu près 992 pages et est publié aux éditions De Saxus.

La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…
Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.
De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence.
Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil… Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

*****

Après un Noël déjà lointain mais très riche en cadeau (et surtout en livres on ne va pas se le cacher) je reviens enfin pour vous parler d’un énorme bouquin, dont les critiques nous promettent « un nouveau game of thrones ». Va-t-on retrouver une fresque épico fantastique sur fond d’intrigue politique et d’inceste ? Plongeons ensemble dans ce livre plutôt épais…

« Car c’est à elle qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire. »

En réalité, mis a part ce dernier léger détail, les éléments sont là ; on suit l’histoire de plusieurs protagonistes dont les chemins finissent par se croiser au fil de l’aventure ; car ici, il y a bien un objectif en commun, et ce n’est pas les personnages qui me contrediront. L’avènement du Sans Nom, sorte d’immense dragon très méchant qui veut tout détruire et qui a été scellé il y a bien longtemps, menace de se réveiller de nouveau, et ses sbires cherchent à accélérer le processus, et sont bien déterminés à aider leur maître a dominer le monde. Noble objectif que tout vrai méchant se doit de poursuivre. Je vais essayer d’éviter les spoils et autres désagréments qui pourraient vous gâcher cette si belle lecture. Car oui, on ne va pas se mentir, j’ai adoré ce livre, tant pour l’univers plutôt bien pensé que pour les personnages plus ou moins attachants.

Globalement, l’univers est divisé en deux continents, l’un qui abhorre les dragons, qui les nomme même les wyrms, et qui les tuent à vue (enfin c’est plutôt rare d’en croiser un qui se balade par hasard), et l’autre qui les considère comme des Dieux vivants, et qui se disputent le privilège de les chevaucher. Les deux continents sont quelque peu en froid, aussi bien commercialement que diplomatiquement. On saupoudre tout ça d’une bonne vieille maladie draconique, et on comprend aisément que les deux pays ne se parlent plus depuis longtemps. En réalité, c’est un peu plus compliqué que ça, notamment parce que les dragons sont d’espèces et d’origine différentes, mais très grossièrement résumé, vous avez l’idée. En parallèle de tout ce bazar, on découvre qu’il existe de la magie, pas nécessairement bien vue on ne va pas se le cacher, et surtout une institution qui dans l’ombre œuvre pour éviter le retour du Sans Nom, et donc la potentialité d’une mort éminente. On suit principalement l’histoire de Eadaz, une femme qui vient donc de cette institution, qui n’est nul autre que…. Que…. Et oui, le Prieuré de l’Oranger. Eadaz est envoyé veiller sur la reine Sabran Barthenet, reine capricieuse qui refuse de se marier et d’avoir des enfants, une chose assez problématique quand on est la descendante d’une famille qui est sensé garder le Sans Nom enfermé grâce à son existence. Se pose donc ici un des plus gros nœud, et une des choses les plus intéressantes du livre ; le mythe de la création du reinaume et de l’enferment du Sans Nom.

« Pour être la sœur d’un dragon, tu dois non seulement avoir une âme d’eau, mais aussi le sang de la mer, or la mer n’est jamais pure. Elle est complexe. Elle recèle des ténèbres, de danger, de la cruauté. Elle peut raser des cités entières sous le coup de la colère. Ses profondeurs sont insondables, et n’ont jamais vu la lumière du soleil. Être une Miduchi, ce n’est pas être pure, Tané. C’est être comme la mer. C’est pour ça que je t’ai choisie. Parce que tu as le coeur d’un dragon. »

Pour le reinaume, et donc tous les sujets, le reinaume a été créé par un homme, un bon gros héros bourrin comme on n’en fait plus, qui a épousé la fille d’un chef local, et qui a vaincu le Sans Nom (enfin il a d’abord terrassé le Sans Nom, et après il a épousé la demoiselle). L’histoire classique d’un héros armé d’une épée légendaire venu sauver les terres en danger et par la même occasion en profite pour se marier avec la belle princesse qui poirotait depuis déjà un certain temps. Sauf que pour le Prieuré, ce n’est pas l’homme, mais bien la femme elle même qui aurait vaincu et enfermé le Sans Nom, avant de s’enfuir et de fonder le Prieuré de l’Oranger. Et de là part un conflit énorme qui s’apparente à un conflit entre religion et croyance. Et c’est en partie ce qui fait la force de ce livre ; la gestion des conflits, des opinions différentes, les réactions à l’autre et à ses croyances. Je trouve également, et c’est là encore un point de vue personnel, que le livre dégage un côté féministe. Entre la femme qui aurait vaincu seule le Sans Nom, Sabran la reine actuelle qui assume ses désirs (parfois un peu exagérés par ailleurs), Eadaz et Tané, les femmes ne manquent pas. Et en plus, pour une fois qu’elles ne sont pas que des récompenses ou des princesses passives qui attendent durant les 400 premières pages que le héros se trouve des compagnons de route, un armement, et un plan pour éliminer le grand méchant, ça fait plaisir. Dans cette partie du continent, on suit donc Eadaz, Sabran, Loth, meilleur ami de la reine (c’est Sabran pour ceux qui ne suivent pas au fond) et un docteur exilé et déchu. Enfin lui c’est un cas un peu à part.

Un second aspect du livre que j’ai beaucoup apprécié et qui rejoint un peu le problème des croyances évoqué plus tôt, c’est celui de l’autre, de la rencontre avec un étranger. Une bonne partie de l’histoire est fondée sur les incompréhensions, les problèmes que les hommes ont à communiquer entre eux. Et ces problèmes sont notamment symbolisés par la discorde qui règne entre les deux continents.

Il existe donc un second continent, que l’on voit beaucoup moins : on y suit une jeune femme en passe de devenir une Miduchi c’est-à-dire une femme capable de chevaucher les dragons. Globalement, la majeure partie de l’histoire se déroule sur le premier pays, gouverné par Sabran. Et là on touche un problème assez récurrent dans ce genre d’histoire ; les noms. En effet, il y a une quantité astronomique de noms, à la fois de lieu (d’ailleurs certains dont on ne voit pas l’intérêt puisque les héros ne s’approchent même pas de ladite zone) mais aussi de personnages et de titres. Si vous ne lisez pas le livre d’une traite (ce que j’entends par là c’est que vous ne faites pas de longues pauses entre toutes vos sessions de lecture) au bout d’un moment, vous êtes perdus sur qui est qui, qui vient d’où, qui fait quoi. C’est un peu moins présent dans ce livre que dans d’autres du même genre (coucou la roue du temps) mais ça reste une petite difficulté de lecture, d’autant qu’on est en plus submergé par le fonctionnement global du monde et des différentes religions.

Puisqu’on parle de noms, autant parler des personnages eux-mêmes. Je les trouve plutôt bien écrit, très intéressants, et certains ont même une évolution très particulière et remarquable. Je pense notamment au docteur. On découvre un vieux monsieur qui n’est plus que l’ombre de lui-même, sans plus aucune ambition, et, petit à petit, on découvre son passé (assez triste d’ailleurs) et on le voit évoluer dans l’aventure. C’est un des personnages qui m’a personnellement le plus touché, et son histoire d’amour secret avec un noble est vraiment poignant. C’est un des personnages qui, de mon point de vue, est des plus complexes, même si tous ont des côtés sombres. Un autre personnage qui m’a beaucoup marqué, c’est celui de Sabran (c’est toujours la reine actuelle). Encore une fois, je trouve qu’elle a une très belle évolution, d’une sorte de pantin et de reine stéréotypée à une femme forte que s’assume et sort de son ignorance. Son rapport notamment au mariage et à l’enfantement est très intéressant, et c’est l’un des aspects essentiels du livre. C’est assez remarquable que l’on puisse regarder chaque action de chaque personne et se dire, mais oui, c’est logique qu’elle fasse ça, c’est cohérent même si les actions sont mauvaises, méchantes, ou si elles mettent en danger le monde entier. Bon a part le Sans Nom, parce que lui, à part détruire tout ce que lui tombe sous le croc, il a pas beaucoup d’autres objectifs.

« Dans cette mer impossible, chaque étoile, chaque constellation, chaque pli et chaque spirale du cosmos se reflétait. »

Même si la fin reste prévisible (mais l’homme aime toujours quand tout se finit bien) je trouve que le monde dans lequel on évolue est loin d’être amical. Il est même assez cruel et sans pitié, sans pour autant tomber dans le piège si facile du manichéisme, plutôt commun dans ce genre littéraire (j’admets que le Sans Nom n’est pas nécessairement très nuancé, mais c’est pas lui le problème principal du livre.). C’est si facile de montrer les héros en armure rutilante et de les faire gagner contre le méchant qui prévoyait de dominer le monde. C’est plus difficile de montrer les raisons des méchants, pourquoi ils font ça, et rendre le tout cohérent. Personnellement, j’aurais bien vu une fin plus douce amère ; sans tomber dans l’excès inverse du tout le monde meurt et c’est la fin du monde, on aurait pu voir une fin plus douloureuse. C’est assez difficile à expliquer comme sentiment, alors je vais prendre un exemple. Pour ceux qui ont lu Half Bad (si non allez le lire, la série vaut le détour, la chronique est juste ), et qui connaissent la fin donc, savent de quoi je parle ; la fin n’est pas triste en soi, l’histoire se finit plutôt bien, mais ça reste très tragique.

« What is below must be balanced by what is above
And in this is the precision of the universe.
Fire ascends from the earth, light descends from the sky.
Too much of one doth inflame the other,
And in this is the extinction of the universe. »

♥♥♥♥ Ce livre est un coup de coeur, mais pas aussi poussé qu’une série comme la Passe Miroir, mais qui reste un très bon ouvrage. Agréable à lire, histoire et univers prenants, personnages attachants, il a tout ce qu’il faut. Si on exclut quelques points assez clichés comme l’apparition des « élus » seuls capables d’éliminer la plus grosse menace, ou un méchant voulant juste dominer le monde, le moment passer à lire ce livre reste très agréable. Le côté féministe du livre m’a également beaucoup parlé, car les femmes mises à l’honneur dans ce genre de fresque épique c’est plutôt rare. Et petit bonus pour ce livre, la couverture est vraiment magnifique.

Claire

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