Premières Lignes #17

Coucou ! Nous voilà de retour après de longs mois d’absent (ironie du sort grâce à une pandémie mondiale … autant voir le coté positif). J’ai décidé de reprendre ce rendez-vous, toujours une fois par mois – je ne tenterai pas de rattraper mon retard malheureusement je n’ai pas assez de livres à vous présenter ! En revanche, j’ai décidé de vous présenter mes dernières lectures (une dizaine qui s’étalent sur six mois …) et je commence donc par le premier tome des Vampires de Chicago de Chloé Neill. En vérité j’ai commencé cette série il y a plusieurs années mais je l’ai lue en diagonale (non je ne me souviens pas pourquoi). J’ai décidé de la reprendre un peu plus sérieusement et c’est l’occasion pour moi de vous présenter les premières lignes de Certains mettent les dents publié aux éditions Milady. Je vous laisse à votre lecture !

Petit rappel : ce rendez-vous consiste à présenter les premières d’une de ses lectures -idéalement sa lecture en cours – et est censé être hebdomadaire mais je préfère le faire mensuel 🙂 Il a été créé par Ma Lecturothèque et je vous ai mis la liste des participant.e.s en bas d’article. Bonne lecture !

***

 1. La Transformation

Début avril Chicago, Illinois

Au début, je me demandais s’il ne s’agissait pas d’une punition karmique. J’avais considéré avec mépris la mode des vampires et, comme frappée d’une sorte de châtiment cosmique, j’en étais devenu une. Une vampire. Une prédatrice.
Une Initiée dans l’une des plus anciennes des douze Maisons des États-Unis.
Et je n’étais pas seulement l’une d’entre eux
Je faisais partie des meilleurs.

Mais je brûle les étapes. Laissez-moi vous raconter comment je suis devenue ce que je suis. Cette histoire commence quelques semaines avant mon vingt-huitième anniversaire, la nuit où ma transformation s’est achevée. La nuit où je me suis réveillée à l’arrière d’une limousine, trois jours après avoir été agressée alors que je traversais le campus de l’université de Chicago.
Je ne me rappelais pas tous les détails, mais je m’en souvenais suffisamment pour me réjouir d’être en vie. A vrai dire, je n’en revenais pas.
A l’arrière de la limousine, je fermai les yeux et tentai d’analyser le souvenir de l’agression. J’avais entendu des bruits de pas étouffés par l’herbe couverte de rosée, puis il m’avait attrapée. J’avais hurlé et balancé des coups de pieds, essayé de me débattre, mais il m’avait poussée à terre. Il était fort – d’une force surnaturelle – et il me mordit au cou avec une férocité de prédateur qui me laissa peu de doutes sur qui il était. Ce qu’il était.
Un vampire.
Mais même s’il me déchira peau et muscles, il ne but pas mon sang ; il n’en eut pas le temps. Il s’arrêta subitement et bondi, pour s’enfuir en courant entre les bâtiments en lisière du campus. Je portai la main au creux de mon cou, et sentis quelque chose de chaud et poisseux. Ma vue était trouble mais je distinguai assez clairement la tache couleur de vin sur mes doigts.
Puis il y eut du mouvement autour de moi. Deux hommes. Ceux qui avaient fait peur à mon agresseur. Le premier avait l’air inquiet.
— Il était rapide. Vous allez devoir faire vite, Sire.
Le second répondit avec une confiance inébranlable.
— Je vais m’en occuper.
Il passa derrière moi et me mit à genoux, puis me cala contre lui, un bras autour de ma taille pour me soutenir. Il sentait l’eau de Cologne, le savon et la propreté. J’essayai de bouger, de résister un peu, mais j’étais affaiblie.
— Ne bouge pas.
— Elle est jolie.
— Oui, convint-il.
Il téta à la blessure de mon cou. J’eus un mouvement de recul, et il me caressa les cheveux.
— Ne bouge pas.
J’ai très peu de souvenirs des trois jours suivants, de la restructuration génétique qui me transforma en vampire. Aujourd’hui encore, je n’en garde qu’une poignée de sensations.
Une douleur lancinante et profonde, des décharges violentes qui me secouaient tout entière. Un froid engourdissant. Deux yeux d’un vert intense-Dans la limousine, je me tâtai le cou et les épaules à la recherche des cicatrices qui auraient dû s’y trouver. Le vampire qui m’avait agressée ne m’avait pas mordue proprement : il m’avait déchiré la peau comme un animal affamé. Mais, sous mes doigts, l’épiderme était lisse. Aucune cicatrice. Aucune bosse.  Aucun pansement. Je retirai ma main pour en examiner la pâleur impeccable – et les ongles courts, parfaitement vernis d’un rouge cerise.
Le sang avait disparu et j’avais eu droit à une manucure.
Luttant contre une vague de vertige, je me redressai sur la banquette. Je ne portais plus le jean et le tee-shirt du soir de l’agression. J’étais à présent vêtue d’une élégante robe noire –un fourreau qui me tombait juste en dessous des genoux – et de chaussures noires à talons de huit centimètres. J’étais donc une victime de vingt-sept ans, propre, dénuée de toute séquelle visible et – c’en était absurde – habillée d’une robe de soirée qui n’était pas la mienne. Je compris aussitôt qu’ils avaient fait de moi l’une des leurs.`
Les Vampires de Chicago.
Tout avait commencé huit mois plus tôt par une lettre, une sorte de manifeste d’abord publié dans le Sun-Times et le Chicago Tribune, puis repris par les journaux dans tout le pays. C’était une sorte de coming out, l’annonce de leur existence. Quelques humains crurent qu’il s’agissait d’un canular, du moins jusqu’à la conférence de presse qui suivit, au cours de laquelle trois vampires exhibèrent leurs crocs. La panique provoqua trois jours d’émeutes dans la Ville des vents ainsi qu’une pénurie d’eau et de conserves occasionnée par la peur d’une apocalypse.
Les fédéraux finirent par s’en mêler, requérant des enquêtes du Congrès, ainsi que des audiences destinées à glaner le moindre détail sur l’existence de ces créatures. Le tout était filmé de manière obsessionnelle et diffusé sur toutes les chaînes de télévision. Même s’ils avaient fait la démarche de se révéler au public, les vampires étaient peu loquaces quand il s’agissait de divulguer lesdits détails. Les crocs, le fait de boire du sang et de sortir la nuit demeuraient les seules informations dont on pouvait être sûr.
Huit mois plus tard, certains humains étaient encore sous le coup de la peur. D’autres étaient obsédés. Par le style de vie, l’attrait de l’immortalité et les vampires eux-mêmes. En particulier par Célina Desaulniers, la plus sophistiquée des habitants surnaturels de la Ville des vents qui avait apparemment orchestré le coming out et avait fait ses débuts dans le monde le premier jour des audiences au Congrès.
Ce jour-là, Célina – grande, mince, les cheveux noirs – portait un tailleur noir assez ajusté pour donner l’illusion qu’il avait été coulé sur son corps. Au-delà de son apparence, elle était de-toute évidence intelligente et rusée, et savait comment mener les humains par le bout du nez. Par exemple : le premier sénateur de l’Idaho lui avait demandé ce qu’elle comptait faire à présent que les vampires s’étaient montrés au grand jour.
Tout le monde se rappelait sa réponse :
— Je vais tirer le meilleur parti du côté obscur, avait- elle déclaré d’un ton suave.
Le vétéran aguerri par vingt années sur les bancs du Congrès avait alors eu un sourire et un regard de drogué, tellement lourd de désir qu’une photo de lui avait fait la une du New York Times.
Ma réaction avait été tout autre. J’avais levé les yeux au ciel et éteint la télévision.
Je m’étais moquée d’eux, d’elle et de leurs prétentions.
Et en retour, ils m’avaient rendue pareille à eux.
Le karma est vraiment une sale blague.

***

Au baz’art des mots
Light & Smell
Les livres de Rose
Lady Butterfly & Co
Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
La Voleuse de Marque-pages
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Selene raconte
La Pomme qui rougit
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Les lectures d’Emy
Songes d’une Walkyrie
Aliehobbies
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Ma Lecturothèque
L’écume des mots
Chat’Pitre
Pousse de ginkgo
Ju lit les mots
À vos crimes

Par Sophie.


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