Premières Lignes #19

Coucou à tous ! Je profite de l’été pour reprendre un peu de service et écrire quelques articles ! Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler de mon dernier coup de cœur du confinement : la série Ivy Wilde d’Helen Harper, publiée aux éditions Bookmark dans la collection infinity. Un Parlons Saga va suivre cet article la semaine prochaine dans lequel je détaille mon avis (l’article ayant été publié entre temps, je vous mets le lien ici). Je vous laisse donc avec les premières lignes de Quand fainéantise rime avec Magie pour faire la connaissance d’Ivy, sorcière un peu particulière !

Petit rappel : ce rendez-vous consiste à présenter les premières d’une de ses lectures -idéalement sa lecture en cours – et est censé être hebdomadaire mais je préfère le faire mensuel 🙂 Il a été créé par Ma Lecturothèque et je vous ai mis la liste des participant.e.s en bas d’article. Bonne lecture !

***

Au premier abord, le type n’avait pas l’air bien méchant. Plus grand que moi, mais maigrichon, avec une tête bizarrement bulbeuse et perchée sur un cou de poulet un peu pâlichon. Il était bien habillé, en costume-cravate. Depuis le temps, j’aurais dû savoir que l’habit ne fait pas le moine. J’en avais accueilli, dans mon taxi, des gens scandaleusement riches ; mais le plus aisé d’entre eux était habillé comme un vrai clochard. C’est peut-être pour ça qu’il avait un compte en banque aussi fourni : parce qu’il ne jetait pas son argent pour des choses futiles comme, euh, de la crème à raser et du shampoing, quoi.
Quoi qu’il en soit, ce type qui venait de lever son bras chétif pour que je m’arrête semblait prêt à s’envoler à la prochaine bourrasque. Vu sa peau cireuse, il ne devait pas sortir souvent. La faute aux vents violents. Peu importe, un client de plus me permettrait de voir venir pour le reste de la semaine. Enfin, j’espérais quand même que sa destination n’était pas à perpète-lès-oies. J’avais déjà viré des clients de ma voiture pour éviter une course interminable. Pas vraiment orthodoxe, comme pratique, mais moi aussi, j’avais une vie. Des choses plus intéressantes à faire que de passer toutes mes journées à conduire des gens ici et là, et à les écouter radoter sur leurs vacances, la météo et le dernier épisode du Bachelor. C’est pas que j’aime pas mon job, pas du tout, mais je ne vis pas pour mon boulot. Je suis saine d’esprit.
Je m’arrêtai près du trottoir, et il grimpa à l’arrière, puis s’assit juste derrière mon siège. — Cuttleslowe, grogna-t-il. Il me jeta un coup d’œil et marqua un temps d’arrêt. Comme d’habitude. Apparemment, une femme qui conduit un taxi, c’est surprenant. Je sais pas pourquoi. C’est pas comme si conduire demandait des compétences particulières interdites au genre féminin. Les boules ballantes ne rendent pas la tâche plus facile, que ce soit pour tenir le volant ou trouver mon chemin dans une petite ville comme Oxford. Non, mes seins ne sont pas un frein à ma conduite. Et, oui, je sais me garer. J’avais déjà entendu toutes les blagues sur le sujet, et elles n’étaient jamais drôles. Les hommes peuvent être sorciers et les femmes conductrices. Première nouvelle, hein ?
— Bien sûr, monsieur, murmurai-je en lui adressant un sourire dans le rétroviseur. Il ne prit pas la peine d’y répondre. Pas de problème. Les clients silencieux sont les plus agréables. Je déboîtai, et le conducteur de la vieille BM qui arrivait derrière moi me fit un doigt d’honneur doublé d’un regard noir. Ttttt. Il avait largement eu le temps de freiner. Les gens qui s’énervent pour des choses aussi anodines ont vraiment besoin de revoir leurs priorités. Si un peu de freinage te stresse, comment feras-tu si tes canalisations sautent, si ton môme se fait virer de l’école, ou si ta mère tombe malade ? Les petits tracas de la vie ne valent vraiment pas la peine de s’en faire.
Mon passager n’avait pas remarqué. Il tripotait sa veste dans tous les sens et son sourcil gauche tressautait furieusement, comme si quelqu’un l’avait attaché à un fil invisible et le tirait vers le haut. J’aurais pu essayer de le rassurer, j’imagine, mais ça n’aurait pas changé grand-chose. Je me contentai de monter le son de la radio et d’accélérer. J’avais hâte d’arriver à Cuttlestowe, de me débarrasser de ce type, et de rentrer chez moi pour me poser.Nous venions juste de quitter la route principale pour rejoindre le quartier résidentiel quand je sentis sa présence derrière moi. Je n’avais pas remarqué immédiatement qu’il s’était penché : j’avais été trop préoccupée par un bus en pleine manœuvre ; mais quand le métal froid s’imprima dans la chair de ma nuque, je compris immédiatement les intentions du pauvre gars.
— Donne-moi ton fric, siffla-t-il. Maintenant.
Un flingue. Super. Pourquoi est-ce que je tombais toujours sur des dingos psychotiques ? J’humectai mes lèvres.
— Tu veux que je te donne l’argent, ou tu veux que j’évite de me prendre le bus ? Parce que je peux pas faire les deux en même temps.
Un silence. Puis :
— Gare-toi là. Et crois pas que je vais me retenir juste parce que t’es une fille.
J’envisageai une réplique insolente, mais choisis de hausser les épaules et de lui obéir. Je coupai le moteur et restai immobile.
— Donne-moi ton putain de fric.
Peut-être qu’il pensait que j’étais à moitié sourde et que répéter sa demande avec plus d’énergie m’aiderait à bien enregistrer sa demande. Je plissai les lèvres.
— Je n’ai pas grand-chose. On ne garde jamais beaucoup dans le véhicule, tu sais, au cas où quelqu’un aurait la merveilleuse idée de nous attaquer avec un flingue.
— Écoute, salope…
— Ce que je veux dire, continuai-je gaiement, c’est que tu devrais peut-être réfléchir une minute. Comparer le risque et la récompense. Je ne sais pas si t’as pris le temps, tu vois, et je veux te donner l’opportunité de peser le pour et le contre.
Je continuai d’une voix adoucie, pour lui montrer que j’étais sincère :
— Tout le monde mérite une seconde chance.
Malheureusement, mon compagnon squelettique ne m’écoutait plus. Il enfonça le canon du pistolet dans ma nuque. Okay, j’avais mal. Et il commençait sérieusement à me taper sur le système.
— Je te donne encore une minute avant d’exploser ta cervelle sur le pare-brise.
J’avais vraiment envie de l’informer que ma cervelle était bien à sa place et que s’il tirait maintenant, mon crâne s’en sortirait indemne et qu’il ferait plutôt sauter ma trachée. Mais comme l’heure n’était pas à la leçon d’anatomie, je répondis tranquillement :
— D’accord. Ma caisse est dans la boîte à gants. Il faut que je me penche.
— Pas de blague, menaça-t-il.
C’était peut-être le ton de sa voix, ou l’expression choisie… quand je me penchai pour ouvrir la boîte à gants avec ma main gauche et dessinai de l’index droit une rune sur ma cuisse, je savais exactement ce que je faisais. Et ouais, je trouvais mon humour absolument génial.
— C’est quoi ce… c’est quoi ce bordel ? bégaya-t-il.
Il abaissa la banane qui remplaçait maintenant son arme chargée. Cliché, je sais, mais je ne pus m’empêcher de sourire.
— N’essaie pas de la manger, hein, conseillai-je gaiement.
Le revolver ressemblait à une banane et avait sa texture, mais la magie avait ses limites. Malheureusement.Ses yeux passèrent de la banane à mon visage, puis à la banane de nouveau. Contre toute attente, il était encore plus pâle qu’auparavant.
— Sorcière.
Sans déc’.
— Effectivement, roucoulai-je.
— Pourquoi tu conduis un taxi si t’es une sorcière ?
C’était une très, très longue histoire, et je n’allais pas la raconter à ce type.
— Je t’ai laissé une chance de changer d’avis, dis-je.
Son regard glissa de nouveau tandis qu’il évaluait ses chances. C’était cinquante-cinquante : soit il allait tenter de me casser la gueule, soit il prendrait la fuite. Dieu merci, il opta pour la seconde solution. Il attrapa soudain la poignée de la portière et la tira furieusement, mais, évidemment, elle ne bougea pas d’un pouce. Verrouillage central. Mais allez, j’étais d’humeur généreuse, et je pressai le bouton d’ouverture. Il tomba à la renverse, bondit sur ses pieds, manqua de trébucher, et prit ses jambes à son cou. Il bifurqua à l’autre bout de la rue après avoir évité de justesse de mourir écrasé contre le pare-choc d’un bus à deux étages.

***

Au baz’art des mots
Light & Smell
Les livres de Rose
Lady Butterfly & Co
Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
La Voleuse de Marque-pages
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La Pomme qui rougit
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Songes d’une Walkyrie
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L’écume des mots
Chat’Pitre
Pousse de ginkgo
Ju lit les mots
À vos crimes

Par Sophie.


3 réflexions sur “Premières Lignes #19

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