Parlons saga : La Comédie Inhumaine par Michel Pagel

Call Me Tonight – Ava Max

La Comédie Inhumaine sont des recueils de livres et de nouvelles écrits par Michel Pagel. Ils font respectivement 960 et 912 pages, et sont publiés aux éditions Moutons Electriques. Avant de commencer à parler du contenu des livres, je m’attarde un instant sur les couvertures et sur les livres en eux-mêmes, puisqu’ils sont vraiment magnifiques. (Illustration de Melchior Ascaride, son travail en tant que graphiste est incroyable).

Cette fois-ci, nous nous attaquons à deux énormes pavés qui regroupent tous les livres et les nouvelles écrits par Michel Pagel. On pourrait s’attendre à un simple recueil de nouvelles sans aucun lien entre elles, mais ce n’est pas tout à fait vrai ; en vérité, les différentes histoires sont plus ou moins reliées. Je vais donc m’attarder ici sur les trames principales qui parcourent les deux livres, en passant plus rapidement sur certaines histoires ayant un lien, mais pas nécessaires à la compréhension globale du livre.

Ainsi, comme son nom l’indique, La comédie inhumaine s’inspire en partie de La Comédie humaine de Balzac. (des dizaines de romans tous plus passionnants les uns que les autres sur l’histoire de famille au 19 siècle). Il y a dans les deux tomes la même volonté de croiser les destinées de plusieurs personnages récurrents. C’est donc assez difficile de faire un véritable résumé (surtout sans rien spoiler) mais je vais m’y essayer pour que cela soit un peu plus clair.

L’histoire principale commence par la vengeance d’une femme qui s’est faite violée par deux hommes puissants et appartenant à la même famille (un futur politicien et un riche). (Alors oui les livres ne sont pas exactement ce qu’on pourrait appeler une joyeuse comédie, et beaucoup de passages peuvent être assez choquants). Sa vengeance accomplie, la famille éclate complètement. On retrouve plus tard le fils du politicien Guy, un mec arrogant et insupportable qui se fait tuer par une bande de jeunes qui essayait d’invoquer un démon (bah oui, c’est un peu dans le titre que des événements surnaturels vont se produire). Tout le monde est content (sauf Guy bien sûr) puisque tous les jeunes présents avaient quelque chose à gagner dans la mort de Guy (je vous avait dit qu’il était insupportable). Mais, malheureusement pour eux, ils ont bien réussi à invoquer le démon, mais seul Guy, mourant, est sur place quand il se réveille. Guy vend alors son âme contre une vengeance (oui encore). Finalement, Guy, plus mort que vivant, se lance sur les traces de ses meurtriers, et finit par tous les tuer excepté Julien Nomade (un ENORME enfoiré, on aura l’occasion de le voir) qui réussi à survivre en invoquant un démon plus puissant encore, Lucifer.

Je m’arrête un instant ici, pour vous expliquer quelque chose qui est récurrent dans tout le livre, et qui est à la fois génial et insupportable. Une action, très simple, entraîne toute une répercussion d’autres actions bien plus dramatiques. Non parce que là l’invocation de Lucifer (et vous vous en doutez, l’invocation d’une tonne d’emmerdes) part d’un viol. On peut dire que le mal engendre le mal. C’est à la fois génial parce qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer, et on à parfois l’impression que la moindre petite action va engendrer de nouveau tout un cataclysme de problèmes. Mais c’est également insupportable, car parfois, on se dit que toute l’histoire est complètement tirée par les cheveux. Sur ce, je reprends le résumé.

Une fois Lucifer arrivé sur terre, il se dit que ça serait pas mal de faire un enfant (me demandez pas pourquoi, j’en ai aucune idée. Peut-être qu’il a juste envie d’être père ?). Je vous passe les détails, mais il finit par faire un enfant avec Diane, qui est la fille du politicien du début. (C’est bon, tout le monde suit ?). En parallèle, on suit un tueur à gages Dassin (ne pas faire de jeu de mots avec le chanteur, ne pas faire de jeu de mots avec le chanteur…) et un couple, Jennifer et Arthur. Là, Dieu, qui sent la présence d’un enfant de Lucifer se dit qu’il serait pas mal de faire un Jésus II. Du coup, comme ça a bien marché la première fois, il renvoie Gabriel féconder Jennifer. (Encore une fois, tout est très résumé). Grosse bataille générale entre démons et protecteurs de Jésus II (Y’a même Georges, le pourfendeur de dragon qui est invoqué, rien n’a plus aucun sens). Les deux enfants surnaturels finissent par grandir, et se sentent irrémédiablement attirés l’un vers l’autre. (Nan sans blague, quelque chose qu’on n’aurait jamais pu deviner…) Et finissent donc par se rencontrer. Sauf que là, ils se rendent compte qu’ils n’ont vraiment rien en commun. Mais quand je dis rien, c’est vraiment rien.

Et là je fais une deuxième petite pause pour vous expliquer mon ressenti sur « l’histoire d’amour » entre les deux. Je déteste les histoires d’amour, mais ici, j’ai trouvé que c’était un très bon élément scénaristique. En effet, ils ne sont pas vraiment amoureux, mais plutôt attirés par un destin supérieur. Et ça les dégoûte tous les deux. C’est, pour moi, un très bon démontage de clichés sur l’amour interdit entre démon et ange (même si ni l’un ni l’autre ne sont vraiment démon et ange). C’est une agréable surprise de voir que les deux ne s’entendent pas du tout, et veulent à tout prix se débarrasser de cet « amour » entre eux.
Je reprends, courage on est bientôt à la fin.

Lucifer finit par retrouver la mémoire après 14 ans passé sur Terre, et se souvient de son vrai plan. Alors ce n’est pas un plan traditionnel de grand méchant, genre « Je vais conquérir le monde ! » mais quelque chose, à mes yeux, d’un peu plus subtil. (enfin sur certains aspects) Et là c’est assez difficile pour moi de parler de la fin sans spoiler le plus intéressant. Donc ATTENTION SPOIL. Il se trouve que Lucifer et Dieu ne sont pas vraiment les entités telles qu’on les conçoit dans la religion chrétienne, mais plutôt des sortes d’esprits super puissants qui se baladent dans ce plan et dans d’autres depuis des millénaires. Il se trouve que ces esprits ont été créés et se nourrissent de la croyance des humains. Si Lucifer est si puissant, c’est que beaucoup d’humains, au fond d’eux, craignent encore le diable. Ces esprits se partagent donc tous les rôles de dieux qui existe sur Terre ; le panthéon romain, grec, norvégien, indien, etc… Se sont en fait ces esprits qui prennent différentes formes. Sauf que Lucifer et Dieu perdent en puissance car de moins en moins de personnes croient en eux. Alors ils ont passé un accord pour créer une nouvelle religion grâce à leur enfant, afin de retrouver leur puissance et survivre.

Je m’arrête de nouveau pour vous parler de ce mécanisme scénaristique en particulier. J’ai trouvé ça très intéressant ; ce principe d’esprit qui se nourrit de la croyance des hommes. Ça change du traditionnel dualisme bon/méchant entre démons et anges. Si Lucifer se comporte comme un enfoiré, c’est parce que les hommes, dans leur imaginaire, pensent qu’il est un enfoiré. Mais en réalité, il cherche à se conformer aux attentes des hommes pour survivre. De même que Dieu n’est pas forcément gentil et généreux. C’est dommage qu’on l’apprenne si tard, mais j’ai trouvé que ce genre de chose changeait un peu de ce que j’ai pu déjà lire.

Enfin, pour finir ce résumé très partiel, les deux enfants finissent par en avoir marre qu’on se serve d’eux, et réussissent à « bannir » en quelque sorte leurs parents pour quelques décennies. Je rappelle que ce résumé rassemble les grandes lignes de l’histoire principale, et que j’ai laissé de côté énormément d’histoires parallèles reliées de manière trop indirectes à cette trame.

C’est assez impressionnant de voir à quel point tout est relié dans ces deux tomes. J’ai trouvé que toute l’histoire, bien que très bizarre et partant vraiment en cacahuètes sur la fin est très prenante. Je n’ai jamais eu envie de lâcher le livre avant de connaître la fin. Les personnages sont assez intéressants d’un point de vue personnalité ; on comprend très bien les raisons de chacun de faire ceci ou cela, et j’ai personnellement beaucoup ragé quand j’ai lu que Julien Nomade/Lucifer s’en sortait toujours. Petite mention également à Dassin, qui m’a paru être le personnage le plus sympathique. (Assez ironique quand on sait qu’il est tueur à gages) De même, et c’est assez rare pour être souligné, tout se passe en France, et rend la compréhension beaucoup plus facile (Avec des noms familiers, comme Guy ou Diane, c’est de suite plus facile). D’ailleurs tout se passe en Vendée. Je ne sais pas vraiment pourquoi l’auteur à choisi particulièrement la Vendée, mais si on le croit, toutes les créatures démoniaques de la terre y vivent.

Néanmoins, il y a quelques petites choses qui peuvent être assez dérangeantes. Tout d’abord, c’est un livre très cru. L’auteur y parle de meurtres, d’inceste, de viols. Ce n’est PAS un livre de fantasy jeunesse. Certains passages sont d’ailleurs assez choquants. Je pense particulièrement à des scènes qui décrivent un viol et de la torture sexuelle (ambiguë sur le consentement d’ailleurs). C’est pourquoi je déconseille ce livre aux personnes sensibles à ce genre de choses. De plus, les livres ne comprennent aucun résumé, et donc aucun indice sur la présence de ce genre de scènes. Ces deux tomes ont vraiment été des sortes d’OVNI pour moi, car je n’ai vraiment jamais lu d’autres livres qui leur ressemblent. Au moins, c’est original.

Un autre point assez ambigu se trouve dans le format du livre. L’histoire principale est entourée de pleins de nouvelles ayant un lien plus ou moins direct avec elle, et j’ai eu parfois le sentiment qu’on me coupait en plein milieu de l’histoire pour rien. C’est comme si vous étiez au cinéma, que vous regardiez un film à suspense, et que d’un coup, sans crier gare, on vous met une pub. C’est assez frustrant. Mais en même temps, cela nourrit l’univers dans lequel l’auteur veut nous emmener, et je pense que c’était son intention.

***

♥♥♥ Je pourrais continuer de parler de toutes les histoires qu’il y a dans ce livre, mais j’estime avoir donné un panorama général de l’ambiance. Je suis assez confuse quant à mon avis définitif sur ces livres : il est vrai que je n’ai pas pu les lâcher tant que je ne savais pas la fin, et que certains mécanismes scénaristiques m’ont paru ingénieux et originaux, mais en même temps, j’ai été un peu réticente aux scènes choquantes (et qui, selon moi, n’ont parfois pas lieu d’être). J’ai tout de même passé un bon moment.

Par Claire.


6 réflexions sur “Parlons saga : La Comédie Inhumaine par Michel Pagel

  1. La référence à l’œuvre de Balzac m’a intriguée et je trouve le travail des objets livres est sublime. Je ne savais pas de quoi ça parle (je me doutais que ça n’avait rien de rose vu le titre) et après avoir lu ton avis, j’ai bien envie de tenter l’aventure !

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    1. C’est toujours pénible quand il n’y a aucun résumé derrière les livres (quoique pour celui-ci l’exercice est assez difficile). Il me semble qu’il existe une série de livres reprenant toute l’histoire principale en plusieurs tomes, si jamais tu veux juste « tester » sans avoir à acheter les deux tomes (qui sont quand même assez gros). Bon par contre les couvertures sont vraiment moins belles.

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  2. Les livres m’ont beaucoup intriguée, je les ai dans mes étagères et ils attendent patiemment mon bon vouloir ^^ Ta chronique donne envie ! Par contre, peut-être que je sauterai les passages de viols, ça dépend de ce que je lirai : pour l’instant, j’ai un souvenir affreux de « L’échiquier du mal » qui décrit beaucoup trop ces situations pour que je n’en pas envie de me doucher au détergent juste après ><

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