Les monstres par Maud Mayeras

In This Moment – Mother

En ce jour si spécial d’Halloween, je me dis que vous parler de ce livre ne pouvait pas mieux tomber. Quatre ans après la parution de son dernier livre, Maud Mayeras revient en force avec Les Monstres, publié aux éditions Anne Carrière, que j’ai acheté dès sa sortie. Aussitôt payé aussitôt lu, il m’a fallu en revanche prendre beaucoup de recul sur ma lecture pour vous en parler, et ce moment est venu !

couv51164580.jpg (400×585)Ils vivent dans un « terrier ». Les enfants, la mère. Protégés de la lumière extérieure qu’ils redoutent. Sales et affamés, ils survivent grâce à l’amour qui les réchauffe et surtout grâce à Aleph, l’immense, le père, qui les ravitaille, les éduque et les prépare patiemment au jour où ils pourront sortir. Parce que, dehors, il y a des humains. Parce qu’eux sont des monstres et que, tant qu’ils ne seront pas assez forts pour les affronter, ils n’ont aucune chance. Mais un jour Aleph ne revient pas, un jour les humains prédateurs viennent cogner à leur porte. Alors, prêts ou pas, il va falloir faire front, sortir, survivre.
Pendant ce temps, dans une chambre d’hôpital, un homme reprend conscience. Une catastrophe naturelle sème la panique dans la région. La police, tous les secours, sont sur les dents. Dans ce chaos, l’homme ne connaît qu’une urgence : regagner au plus vite la maison où on l’attend.

Avant de commencer, même si cette chronique n’a pas pour but premier de vous dévoiler l’histoire, il est évident qu’une fois que vous aurez terminé de la lire, vous en saurez davantage qu’en la commençant. Si vous ne souhaitez absolument rien connaître et découvrir le livre dans les mêmes conditions que moi, je vous conseille de ne pas aller plus loin.

– Vous savez pour quelle raison le grand méchant loup ne pourra jamais vous dévorer les enfants ?
– Nous l’ignorons Aleph.
– Parce que c’est vous le grand méchant loup.

Vous le savez, j’aime énormément les livres de Maud Mayeras, nous plongeant dans différents travers de la personnalité, exploitant certains défauts ou sentiments des hommes, et dans celui-ci, on peut dire qu’on est servis ! Dès les premières pages nous sommes immergés dans l’obscurité du « Terrier », lieu de vie d’une mère et de ses deux enfants qui ont l’air d’y avoir toujours vécu. Nous découvrons au fil des pages la vie de notre petit trio, entre tâches quotidiennes comme se laver, manger ou dormir, mais aussi exercices du corps et de l’esprit. Nous découvrons aussi Aleph (ou l’Ogre), un homme qui rend fréquemment visite aux enfants et qui leur apprend les fondamentaux comme le calcul, la lecture, l’écriture, et qui veille à ce que tout le monde ait ce dont il a besoin. Un jour cependant, Aleph ne revient plus au terrier, et la femme et ses enfants sont livrés à eux-mêmes, et ce pendant que la ville est agitée par un terrible catastrophe. Comment vont-ils s’en sortir ? Et surtout qui sont-ils et comment en sommes-nous arrivés là ?

Toutes ces questions qui restent en suspens, l’autrice y répond, bien entendu, au fur et à mesure de l’histoire, chaque court chapitre nous livre des informations au compte-goutte… Mais est-ce vraiment une bonne chose quand on voit à quel point celles-ci sont terrifiantes ? Entre certains chapitres de l’histoire, l’autrice a également inséré quelques petits contes métaphoriques, tous plus glaçants les uns que les autres au fur et à mesure que la lumière se fait.

Et des contrastes, l’histoire en comprend plein ! C’était extrêmement intéressant de voir les différents sentiments qui cohabitent au sein même du terrier : d’un côté l’horreur de leur situation nous apparait au fil des chapitres, mais de l’autre, l’innocence et la légèreté des enfants et l’amour entre eux et leur mère apporte un peu de lumière dans la sombre atmosphère du lieu.

Quand les nuits seront à nous, nous apprendrons à ne plus avoir honte. Aleph nous offrira des lames effilées et nous pourrons couper la viande des femmes et briser les os des enfants

En parallèle de tout cela bien sûr, nous avons une enquête. Comment oublier que nous sommes dans un polar ? Et j’ai trouvé que celle-ci était vraiment bien amenée dans l’histoire. Il s’agit d’une enquête comme on en voit dans d’autres thrillers, mais ce qui était intéressant c’est qu’en tant que lecteur, on se retrouvait au même niveau que l’enquêtrice : envie de tout comprendre, envie d’en savoir plus très vite… passant par l’impatience, l’horreur, la compassion…

L’atmosphère de cette histoire est absolument incroyable : entre les petits contes, le terme de monstres et l’Ogre, qui renvoient vraiment à l’onirique et à l’enfance, se dégagent des réalités terribles, que l’on comprend progressivement en tant qu’adulte. On sent dès le début que cet imaginaire n’est pas sain, mais en prendre confiance au fur et à mesure est très particulier. Le titre aussi est très approprié : on se dit que les monstres n’existent pas et qu’il y aura une explication rationnelle derrière tout cette histoire, mais s’il n’y a pas de monstres, Maud Mayeras nous montre bien que les Hommes sont capables de se livres à des actes des plus monstrueux envers d’autres Hommes. Maud Mayeras dans son livre explore de manière très neutre et très objective une multitude de sujets : la séquestration, le viol, la manipulation, le traumatisme… et invite le lecteur à se questionner, à comprendre comment, pourquoi il ressent tel ou tel sentiment…

En conclusion : ♥♥♥♥♥ J’ai énormément aimé ce roman, il fut je le pense une de mes meilleures lectures de 2020. J’ai été touchée au plus profond de moi par ce livre, j’ai ressenti à la fois tant d’horreur et tant d’empathie que les personnages resteront longtemps gravés dans ma mémoire. Je suis prête à attendre 10 ans s’il le faut pour continuer de lire des romans d’une telle qualité venant de cette autrice.

Par Nina


8 réflexions sur “Les monstres par Maud Mayeras

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