Premières Lignes #24

Bonjour à tous ! Comment allez-vous en ce début de vacances ? Bien j’espère ! Aujourd’hui, je vous propose de lire le très chouette prologue de ma lecture en cours : le Serment de l’Orage de Gabriel Katz ! Une recommandation de Nina que j’ai eu un peu de mal à poursuivre en période d’examens mais ça va mieux désormais et ça se présente plutôt bien donc je vous en parle 🙂 . Du même auteur, j’avais aussi beaucoup aimé Aeternia, une duologie (série de deux tomes, j’ai été regarder juste pour pouvoir faire genre) avec une intrigue bluffante qui s’accompagne du style presque magistral à certains passages de Gabriel Katz ! Bref, de la belle fantasy comme on aime. Vous pouvez retrouver les chroniques de Nina juste ici et pour les curieux ! J’ai hâte que la magie opère à nouveau sur cette lecture pour découvrir ce nouvel univers ! Je vous laisse donc avec le prologue très intrigant après l’habituel petit rappel. Bonnes fêtes à vous, prenez soin de vous et de vos proches et je vous dis à la semaine prochaine pour le dernier article de l’année !

Petit Rappel : Ce rendez-vous a été créé par Ma Lecturothèque pour faire découvrir les premières lignes d’un livre, souvent notre lecture en cours. Il est censé être hebdomadaire mais je le fais mensuel par commodité avec mon rythme de lecture. La liste des participant.e.s se trouve comme d’habitude en bas d’article.

***

Ils étaient sept. Sept chevaliers sous un ciel d’orage, leurs boucliers luisant sous l’averse, leurs capes claquant dans la bourrasque. Un éclair déchira le ciel, illuminant la scène comme en plein jour, distordant leurs ombres sur le sol détrempé. Un cheval se cabra dans un hennissement, mais son cavalier le maîtrisa d’une main de fer. Au pied de la falaise, la mer rugissait sous le vent.
Trempé jusqu’aux os, le petit berger se tapit dans le buisson où il avait trouvé refuge. Il retint son souffle comme si ces hommes pouvaient l’entendre, à quelques mètres de là, sous leurs heaumes de métal. Une peur irraisonnée le tenaillait. Ces chevaliers sans suite, sans écuyers et sans bannières étaient comme des fantômes, revenus d’entre les morts pour célébrer la tempête.
En cercle, silencieux, immobiles, ils attendaient. Puis l’un d’eux prit la parole. Il n’avait pas de visage, juste un heaume cabossé ruisselant sous la pluie. Et un surcot noir sur une cotte de mailles, des gantelets de fer, une lourde épée bâtarde. Sa voix résonna, caverneuse, étouffée par le casque et les rafales de vent. Il parla longtemps, par phrases hachées et sèches, tandis que la pluie s’intensifiait. Le petit berger ne put distinguer un mot, mais il vit les lames sortir de leur fourreau, et étinceler à la lueur d’un éclair. Dans un fracas de tonnerre, les sept hommes tendirent leurs épées et les pointes se rejoignirent. Ils prêtaient serment.
Au creux du buisson, il écarquilla les yeux. Il ne sentait plus le froid, la piqûre des épines, ni ses vêtements trempés de pluie. Il ne songeait même plus à la bête égarée qu’il traquait depuis des heures. Peu importait que le mouton se soit écrasé au pied des falaises, ou que les loups l’aient taillé en pièces, à cette heure il aurait donné cher pour être assis au coin du feu, bien à l’abri dans sa chaumière. Du plus profond de son être, il se mit à prier.
Les chevaliers rengainèrent leurs épées et demeurèrent un moment face à face, sans un mot, sans un geste. La nuit érodait les contours, les silhouettes se fondaient dans l’orage. On aurait cru des statues de pierre, des idoles païennes… Sans les chevaux qui piétinaient nerveusement, le petit berger aurait juré que son imagination le trompait, qu’il ne s’agissait que d’arbres décharnés dans la tempête. Mais ils s’animèrent à nouveau, firent avancer leurs montures, et l’un d’entre eux retira son manteau détrempé pour le jeter en travers de sa selle. L’homme au surcot noir se tourna vers la mer, le regard à l’horizon, comme s’il pouvait voir quelque chose dans la nuit balayée par les vents. Et il resta là, sans se retourner, tandis que les autres se quittaient en silence, laissant derrière eux les flots déchaînés.
Le petit berger s’enfonça dans les ronces comme pour rentrer sous terre. Les cavaliers passaient si près qu’il pouvait sentir l’odeur des chevaux, de la laine mouillée, du cuir et de la rouille. Il ferma les yeux et crispa ses mâchoires, craignant presque d’être trahi par les battements de son cœur. Puis ce fut le bruit des sabots dans la terre humide, et la curiosité l’emporta sur la peur : rouvrant les yeux malgré lui, il vit distinctement les fantômes. En tendant la main, il aurait pu les toucher.
Aucun ne portait de couleurs, et les écus qui pendaient à leur selle étaient retournés, dissimulant leurs armoiries. Qui étaient-ils ? Ils n’avaient rien en commun… L’un d’eux portait une cotte de mailles reprisée, et son heaume, un simple tube barré d’une fente, était cabossé comme un vieux chaudron. C’était à l’évidence un de ces chevaliers sans terre et sans fortune, qui louaient leurs épées au service des nantis… Un autre arborait une armure de guerre aux jointures parfaites, des gantelets de fer, un magnifique heaume à panache ; il chevauchait un destrier blanc qui valait sans doute à lui seul le prix d’un manoir. Et celui qui fermait la marche, avec sa cape de fourrure sombre, avait des airs d’hérétique : à son cou pendait une de ces amulettes ancestrales que l’Église avait bannies depuis longtemps de ces régions civilisées, un pendentif d’os et de plumes, comme on en trouvait jadis au fronton des maisons paysannes.
Les autres n’étaient que des silhouettes.
Il attendit un long moment que les cavaliers disparaissent dans la nuit. Ce fut alors qu’il s’aperçut que l’homme au surcot noir n’était plus au bord de la falaise. Il s’était volatilisé. Le petit berger aurait pu jurer qu’il n’avait pas pris la route avec les autres… Un sentiment de panique s’empara de lui, son cœur se remit à battre à tout rompre. Il ne savait rien, il n’était personne, mais son instinct le pressait de fuir sans se retourner et d’oublier ce qu’il avait vu.
Il hésita une seconde, sentant ses genoux trembler. Puis, rassemblant ce qui lui restait de courage, il se recommanda à la Vierge, se leva fébrilement et se dégagea des ronces. Mais son sang se glaça. Face à lui se tenait le dernier fantôme de l’orage, ruisselant d’eau, tirant lentement son épée du fourreau. Il paraissait immense, et sa cape, gonflée sous le vent, lui dessinait une grande aile noire. La chaleur de son corps sous la pluie glacée dégageait des volutes de vapeur, on aurait cru qu’il brûlait de l’intérieur. Foudroyé par la terreur, le petit berger resta paralysé comme un lapin devant un renard. Il chercha le regard du chevalier, mais la visière était vide et sombre. La lame se leva dans un roulement de tonnerre, et le petit berger ferma les yeux.

***

La liste des participant.e.s de ce rendez-vous, toujours tenue à jour par Ma Lecturothèque !

• Au baz’art des mots
• Light & Smell
• Les livres de Rose
• Lady Butterfly & Co
• Le monde enchanté de mes lectures
• Cœur d’encre
• Les tribulations de Coco
• Vie quotidienne de Flaure
• Ladiescolocblog
• Selene raconte
• La Pomme qui rougit
• Les lectures d’Emy
• Aliehobbies
• Ma petite médiathèque
• Pousse de ginkgo
• À vos crimes
• L’univers de Poupette
• Le parfum des mots
• Chat’Pitre
• Les lectures de Laurine
• Lecture et Voyage
• Eleberri
• Les lectures de Nae
• Claire Stories 1, 2, 3
• Tales of Something
• Read For Dreaming
• Ju lit les mots
• Illie’z Corner
• Voyages de K
• Ma Lecturothèque
• Les lectures de Val
• Le petit monde d’Elo

Par Sophie.


5 réflexions sur “Premières Lignes #24

    1. Nous sommes encore deux à nous poser cette question 🙂 Nina a chroniqué aussi le Serment de l’Orage il me semble ! Je trouve que Gabriel Katz a vraiment quelque chose de particulier même si je mets toujours un peu de temps à rentrer dans ses livres. Personnellement, c’est « la Maitresse de la Guerre » que j’aimerais lire ensuite ! ^^

      Aimé par 1 personne

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