Le Royaume Assassiné d’Alexandra Christo

Deep End – Birdy

Le Royaume Assassiné est un one-shot écrit par Alexandra Christo et publié en français aux éditions De Saxus. Il compte 500 pages.

Une sirène meurtrière et un prince aventurier vont devoir s’allier malgré eux.
Une réinterprétation très sombre de La Petite Sirène.

Lira est la sirène la plus dangereuse de l’océan. Elle a déjà pris le cœur de dix-sept princes qui sont tombés sous son charme. Mais un jour, tout bascule lorsqu’elle tue l’une de ses semblables. Pour la punir, sa mère la Reine des Mers transforme Lira en ce qu’elle déteste le plus : une humaine. Elle lui donne alors jusqu’au solstice d’hiver pour lui apporter le cœur du Prince Elian, ou bien elle restera sous cette forme pour l’éternité.

De son côté, le Prince considère l’océan comme sa vraie demeure, même s’il est l’héritier du plus grand des royaumes. Chasser les sirènes est sa raison d’être. Mais lorsqu’il sauve une jeune femme qui se noie, il est loin de se douter de sa vraie nature… Pour le remercier, elle lui promet de l’aider à trouver le moyen de détruire toutes les sirènes, mais peut-il vraiment lui faire confiance ?

***

Dernière acquisition de chez De Saxus offerte pour mon anniversaire par mes grands-parents (merci à eux ❤ qui nous lisent), et encore une fois je n’ai pas été déçue ! Alexandra Christo reprend plusieurs mythes de l’Antiquité ainsi que le conte de la Petite Sirène pour nous offrir une version à faire froid dans le dos par instant 🙂 .

Il n’y a rien en ce monde, si ce n’est la douleur et les rares moments qui existent entre ces intervalles

Pour commencer je tiens à faire un petit point sur le mot ‘réécriture’. C’est un mot pas mal à la mode en ce moment et je trouve qu’on l’accole un peu vite à certains romans qui sont plus des réinterprétations ou parfois même reprennent seulement quelques éléments du mythe sans le réécrire. Le Royaume Assassiné est bien une réécriture à mon sens même si au début du livre, ça ne m’a pas frappée, j’avais plus l’impression de reprise de certains éléments seulement.
Comme c’était une réécirture je ne m’attendais pas à être spécialement surprise par l’intrigue, surtout au vu du résumé. Sans parler de chose vue et revue, c’est plutôt la direction que l’intrigue va prendre qui se devine aisément avec les indices qu’a le lecteur dès le début. Ça n’en rend pas moins l’évolution des personnages touchante (j’y reviendrai) et j’ai eu quelques jolies surprises côté rebondissements vers le milieu/trois quart du livre. Le point fort du livre n’est pas vraiment ses scènes d’action – notamment à la fin j’ai trouvé qu’elles manquaient parfois de crédibilité – mais l’autrice arrive à accélérer le rythme sur la fin du livre pour éviter les longueurs. Mon petit bémol reste la fin, un peu rapide et sur certains passages, d’une crédibilité moyenne à mon sens.

L’histoire alterne donc entre les deux points de vue de nos personnages principaux : Lira, sirène redoutée et redoutable, accessoirement princesse et Elian, prince du royaume de Midas qui chasse les sirènes et se prend pour un pirate à temps partiel. Oui j’ai préféré Lira et je vais vous expliquer pourquoi.
Lira m’a souvent paru plus mature qu’Elian – peut-être aussi parce que plus cruelle. On se rend très rapidement compte que les sirènes, c’est un peu une éducation comme chez les Spartiates. La reine tient plutôt de la tyranne et votre valeur tient au nombre de vies humaines que vous avez prises. Bref Lira a grandi dans un environnement plus dur qu’Elian et a une vision très nette de ses responsabilités. C’est une chose que j’ai apprécié chez elle, sa franchise et le fait qu’elle assume ses objectifs sans complexe. En même temps c’est un personnage qui évolue beaucoup et s’émancipe de la vision « sirène » du monde au fur et à mesure de l’histoire.
Pour autant, je n’ai pas détesté Elian, il reste attachant en son genre et sympathique. Je pense qu’il ne m’a pas toujours convaincue. L’histoire et le passé de Lira sont assez simples et explique bien pourquoi elle est comme ça. Le passé d’Elian manque de détails, par exemple comment a-t-il rencontré les membres de l’équipage du Saad ? C’est dit pour certains mais là encore, comment on en arrive à éprouver la dévotion pour un capitaine de 18 ans ? À quel âge as-tu pris la mer pour la première fois exactement Elian ? C’est pareil pour ses motivations à tuer les sirènes (même si c’est vrai qu’il n’en a peut-être pas besoin de beaucoup). Tous ces petits trucs assemblés font que le prince parait parfois bien être le prince capricieux et naif qu’il est censé incarner sans compter sa fuite perpétuelle de responsabilités hors de son navire.

– Un prince peut être le sujet de bien des mythes et des légendes, explique-t-il, mais il ne peut y vivre. Il doit exister dans le monde réel, là où il peut les créer.

Pour faire un peu d’analyse (que seraient mes chroniques sans cela ?), je pense aussi que l’autrice avait besoin d’Elian comme cela pour le faire grandir un peu, pour marquer la différence et les ressemblances entre Lira et lui. Parce qu’au final, le roman tourne aussi beaucoup autour de ça : être une princesse / un prince, porter un royaume sur ses épaules et décider qu’en faire.
La romance n’est pas du tout omniprésente : Lira et Elian apprennent à se connaitre mais le caractère romantique n’est quasiment pas évoqué si on regarde l’ensemble du roman. Ils deviennent amis avant tout et s’apprécient, on peut donc imaginer des sentiments plus poussés mais l’autrice nous épargne (pour ma plus grande joie) les longs monologues internes sur combien ses yeux sont devenus le soleil de votre existence et à quel point vous ne pouvez plus vous passer l’un de l’autre. Sur ce point, j’ai été satisfaite et même un peu déçue qu’on aille vers une romance alors que l’amitié suffisait amplement à mon sens. (oui je sais de l’amour dans nos vies pour un plus grand sourire mais non je ne m’y fais pas).

Les personnages secondaires sont bien également. Sans être aussi appronfondis que les protagonistes, ils ne sont pas juste là pour décorer et amènent une touche en plus à l’histoire.
Un dernier point sur l’univers dont les détails tournent surtout autour du royaume de Midas, de Pagos et celui des Sirènes. L’opposition entre les royaumes humains et celui des sirènes est très présente et l’autrice utilise des mythes pour construire son univers : celui de Midas reprend partiellement le mythe du roi qui pouvait changer les objets (et pas que en fait) en or par le toucher. La famille royale du royaume de Midas est censée saigner de l’or (pratique quand vous avez oublié votre porte-monnaie). Toutes les familles royales ont leur mythe fondateur et un certain nombre d’entre eux sont évoqués. Associés aux légendes sur les sirènes, on obtient un univers assez détaillé et ma curiosité a été satisfaite sur ce point 🙂 .

– Qu’est -ce que tu fais ici ? 
Il hausse les épaules. 
– Ce que je fais de mieux. 
– Me taper sur les nerfs ? 
– Te sauver, me répond-il.

Un énorme point bonus pour l’objet livre : une très belle édition (je n’ai pas celle paperback qui était limitée chez De Saxus mais la normale est très belle tout de même) agrémentée de dessins et de représentations de sirènes entre les chapitres et sur les pages. Ça vous plonge dans l’ambiance maritime et puis la lecture est encore meilleure lorsque votre livre est bien illustré 😀 .

***

En conclusion : ♥♥♥♥ Une très belle lecture dévorée en à peine deux jours. Les sirènes font partie de ces créatures mythologiques que j’aime beaucoup mais que je trouve rarement bien exploitées dans les romans fantastiques. Le Royaume Assassiné offre une très bonne réécriture du conte avec des sirènes bien loin de l’imaginaire niais qu’on en a. J’avais peur en commençant ce livre qu’il soit trop jeunesse, avec trop de romance et finalement peu d’intrigue derrière. Finalement c’est plutôt l’inverse qui s’est produit et si je ne regrette pas que le livre ne soit pas une série, je n’aurais pas été contre quelques chapitres de plus à la fin pour les explications et faire durer un peu le plaisir.

Par Sophie


3 réflexions sur “Le Royaume Assassiné d’Alexandra Christo

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