Premières Lignes #29

Coucou à tous ! J’espère que vous allez bien et que vous êtes prêt.e.s à prendre d’assaut les lieux culturels d’ici quelques semaines 😀 .

De notre côté, avec Nina, nous avons lu la célébre série Grisha de Leigh Bardugo au mois d’avril (qui vient d’ailleurs de sortir en série sur Netflix) et nous nous étions un peu réparties le travail : pour Nina, un article sur le premier tome (juste ici) et pour moi un Parlons Saga, histoire que vous ayez des avis complets de notre part à toutes les deux 🙂 .
En attendant ma part du contrat, je vous mets dans l’ambiance avec le prologue du premier tome qui incitera peut-être les curieux à lire les livres avant la série ou l’inverse 🙂 .

Petit Rappel : Ce rendez-vous a été créé par Ma Lecturothèque pour faire découvrir les premières lignes d’un livre, souvent notre lecture en cours. Il est censé être hebdomadaire mais je le fais mensuel par commodité avec mon rythme de lecture. La liste des participant.e.s se trouve comme d’habitude en bas d’article.
Sur ce, bonne lecture 🙂

***

PROLOGUE

Les serviteurs les appelaient les malenchki, les « petits fantômes », parce qu’ils étaient les plus petits et les plus jeunes, et parce qu’ils hantaient la demeure du duc en gloussant. Ils couraient partout, se cachaient dans les placards pour espionner les conversations et se faufilaient dans la cuisine pour voler les dernières pêches d’été.
Le garçon et la fille étaient arrivés à quelques semaines d’intervalle, deux orphelins de plus victimes de la guerre des confins, réfugiés au visage couvert de crasse retrouvés dans les ruines d’une ville lointaine et conduits chez le duc pour y apprendre à lire et à compter, mais aussi un métier. Le garçon était petit, trapu, timide, quoique toujours souriant. La fille était différente et le savait.
Recroquevillée dans le placard de la cuisine pour écouter les échanges entre grandes personnes, elle entendit Ana Kuya, la bonne du duc, dire :
— C’est une vilaine petite chose. Aucun enfant ne devrait être comme ça. Elle est pâle et amère comme un verre de lait qu’on a laissé tourner.
— Et elle est si maigre, ajouta la cuisinière. Elle ne termine jamais son dîner.
Accroupi à côté de la fillette, le garçon murmura :
— Pourquoi est-ce que tu ne manges pas ?
— Parce que tout ce qu’elle prépare à un goût de vase.
— Moi, je trouve ça bon.
— Tu avalerais n’importe quoi.
Ils approchèrent de nouveau leur oreille de la fissure dans la porte du placard. Un instant plus tard, le garçon chuchota :
— Je ne te trouve pas vilaine.
— Chut ! siffla la fillette.
Dissimulée dans les ombres épaisses du placard, elle sourit.

Durant l’été, ils passaient des heures à accomplir toutes sortes de tâches harassantes avant d’aller en classe dans des salles étouffantes. Quand la chaleur était à son comble, ils s’échappaient dans la forêt où ils cherchaient des nids d’oiseaux et se baignaient dans un ruisseau boueux, ou alors ils restaient allongés dans leur pré à regarder le soleil avancer lentement dans le ciel, réfléchissant à leur future laiterie, se demandant où ils la construiraient et s’ils auraient deux ou trois vaches blanches. Le duc passait l’hiver en ville, à Os Alta. À mesure que les journées raccourcissaient et que le froid revenait, les professeurs se laissaient aller, préférant rester près du feu pour jouer aux cartes et boire du kvas. Comme ils s’ennuyaient et qu’ils ne pouvaient pas sortir, les enfants les plus grands se défoulaient souvent sur les petits. Alors le garçon et la fille se réfugiaient dans les pièces non utilisées de la propriété, jouant des pièces de théâtre pour les souris et essayant de se réchauffer.
Le jour de l’arrivée des Examinateurs grisha, le garçon et la fille étaient perchés sur le rebord de la fenêtre d’une chambre poussiéreuse à l’étage, d’où ils espéraient apercevoir la voiture. Au lieu de quoi ils virent un traîneau, une troïka tirée par trois chevaux noirs, passer sous l’arche de pierre blanche de la propriété et glisser en silence jusqu’à la porte de la maison.
Trois silhouettes en émergèrent, vêtues d’élégants chapeaux en fourrure et de lourds kefta en laine : l’une était rouge, l’autre bleu foncé et la dernière d’un violet vif.
— Les Grisha ! murmura la fille.
— Vite ! lança le garçon.
Un instant plus tard, ils avaient retiré leurs chaussures et couraient en silence dans le couloir, traversaient la salle de musique déserte et se cachaient derrière une des colonnes de la galerie qui surplombait le salon où Ana Kuya aimait recevoir ses invités.
Ana Kuya était déjà là, pareille à un oiseau dans sa robe noire, qui servait du thé d’un samovar, son grand trousseau de clés cliquetant à sa taille.
— Alors ils ne sont que deux, cette année, remarqua une femme d’une voix grave.
Les enfants regardèrent entre les barreaux de la galerie. Deux des Grisha étaient assis près du feu : un homme séduisant en bleu et une élégante femme en rouge à l’air hautain. Le troisième, un jeune homme blond, faisait les cent pas pour se dégourdir les jambes.
— Oui, confirma Ana Kuya. Un garçon et une fille. De loin nos plus jeunes pensionnaires. Nous pensons qu’ils ont tous les deux autour de huit ans.
— Vous pensez ? demanda l’homme en bleu.
— Quand les parents sont décédés… 
— Nous comprenons, reprit la femme. Nous admirons évidemment beaucoup votre institution. Nous regrettons que la noblesse ne s’intéresse pas davantage aux gens simples.
— Notre duc est un grand homme, dit Ana Kuya.
Sur la galerie, les deux enfants se regardèrent et échangèrent un hochement de tête grave. Leur bienfaiteur, le duc Keramsov, était un héros de guerre célébré et un ami du peuple. De retour du front, il avait transformé sa demeure en orphelinat et en refuge pour les veuves de guerre. On leur demandait d’ailleurs de prier pour lui tous les soirs.
— Comment sont-ils, ces enfants ? demanda la femme.
— La fille a du talent pour le dessin. Le garçon est surtout à son aise dans les prés et la forêt.
— D’accord, mais comment sont-ils ? insista-t-elle.
Ana Kuya fit la moue avec ses lèvres flétries. 
— Comment sont-ils ? Indisciplinés, contrariants et bien trop attachés l’un à l’autre. Ils…
— … ils écoutent tout ce que nous disons, compléta le jeune homme en violet.
Le garçon et la fille sursautèrent. L’homme avait le regard rivé sur leur cachette. Ils se recroquevillèrent derrière la colonne, mais il était trop tard.
La voix d’Ana Kuya claqua comme un coup de fouet :
— Alina Starkov ! Malyen Oretsev ! Descendez tout de suite !
À contrecœur, Alina et Mal descendirent l’étroit escalier en colimaçon situé à l’extrémité de la galerie. Lorsqu’ils furent en bas, la femme en rouge leur fit signe d’approcher.
— Savez-vous qui nous sommes ? demanda-t-elle.
Ses cheveux étaient gris acier, son visage marqué, mais magnifique.
— Vous êtes des sorciers ! bafouilla Mal. 
— Des sorciers ? répéta-t-elle en se tournant vers Ana. C’est ce que vous enseignez à ces enfants ? Des superstitions et des mensonges ?
Gênée, Ana Kuya s’empourpra.
— Nous ne sommes pas des sorciers, poursuivit la femme en rouge, le regard noir et féroce, à l’attention d’Alina et Mal. Nous pratiquons la Petite Science. Nous assurons la sécurité de ce pays et de ce royaume.
— Tout comme la Ire Armée, ajouta Ana Kuya d’un ton un peu sec.
La femme en rouge se raidit.
— Tout comme l’Armée du Roi, concéda-t-elle néanmoins.
Le jeune homme en violet sourit et s’agenouilla devant les enfants.
— Quand les feuilles changent de couleur, vous appelez cela de la magie ? leur demanda-t-il doucement. Et quand vous vous coupez la main et que votre blessure guérit ? Et quand vous mettez une marmite d’eau à bouillir sur le feu, est-ce de la magie ?
Mal secoua la tête, les yeux écarquillés.
— N’importe qui peut faire bouillir de l’eau, rétorqua Alina, les sourcils froncés.
Ana Kuya soupira d’exaspération, mais la femme en rouge éclata de rire.
— Tu as raison. N’importe qui peut faire bouillir de l’eau, mais tout le monde ne peut pas maîtriser la Petite Science. C’est pour cela que nous sommes venus vous tester. Laissez-nous, à présent, ordonna-t-elle à Ana Kuya.
— Attendez ! s’exclama Mal. Que se passera-t-il si nous sommes des Grisha ? Que nous arrivera-t-il ?
La femme en rouge les toisa.
— Si, par le plus grand des hasards, l’un d’entre vous était un Grisha, nous enverrions cet heureux enfant dans une école spéciale où les Grisha apprennent à se servir de leurs talents.
— Vous y porteriez les plus beaux vêtements, y mangeriez la meilleure nourriture, précisa le jeune homme en violet. Cela vous plairait-il ?
— Ce serait la plus belle façon de servir votre Roi, ajouta Ana, près de la porte.
— C’est très vrai, acquiesça avec satisfaction la femme en rouge, désireuse de faire la paix.
Le garçon et la fille se rapprochèrent l’un de l’autre. Comme ils ne faisaient pas vraiment attention à eux, les adultes ne virent pas Alina serrer la main de Mal dans la sienne. Ils ne virent pas non plus le regard qu’échangèrent les deux enfants. Le duc, lui, aurait reconnu ce regard. Il avait passé de longues années dans les confins ravagés du Nord, où les villages étaient constamment assiégés et où les paysans devaient se défendre sans l’aide du Roi ou de quiconque. Il avait vu une femme sortir nu-pieds pour faire face sans trembler à une rangée de baïonnettes. Il savait reconnaître le regard de celui qui n’avait pour défendre son foyer qu’une pierre dans la main.

***

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Par Sophie.


5 réflexions sur “Premières Lignes #29

  1. L’arrivée de la série m’a enfin décidé à lire la trilogie et ce premier tome m’a bien plu. L’intrigue n’a pas grand chose de surprenant mais j’ai adoré l’univers et ses codes et le Darkling m’a bien intriguée. J’espère qu’Alina va gagner en assurance dans la suite.

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai une opinion bien différente de ce premier tome XD J’ai beaucoup aimé le Darkling et l’univers mais Alina m’a considérablement énervée durant le premier tome donc c’était compliqué. J’ai mieux accroché avec la suite donc je recommande tout de même d’aller au bout de la trilogie 😀

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