Culture & Manga #1

Bonjour à tous dans cette nouvelle rubrique ! Après presque cinq ans de blog, je me lance pour créer mon propre « rendez-vous » (en vérité le mot me fait très peur) dans le but de vous proposer un peu plus de contenu type mangas, animés etc. J’en lis et regarde un certain nombre mais de manière très irrégulière sans compter mes propres contraintes pour les chroniquer… Bref l’idée est de vous proposer un article par mois où je sélectionne une œuvre « d’origine asiatique » (c’est large et en plus des auteurs français se sont mis aussi au manga mais vous comprendrez ce qu’il y a derrière ce terme) et je vous fais un petit récapitulatif de ses points forts avec quelques images en bonus – sur ces supports je trouve ça toujours important. Comme d’habitude, si elles le veulent, Claire et Nina sont les bienvenues pour prendre la main et vous présenter leurs propres découvertes ! 🙂

Pour cet article inaugural (vous n’imaginez pas mon état d’excitation en écrivant ses mots – je suis une enfant), j’ai choisi de vous présenter une découverte toute récente : les Carnets de l’Apothicaire de Nanao Ikki pour le scénario et Nekokurage pour les dessins.
Pour vous présenter rapidement l’œuvre, les Carnets de l’Apothicaire sont d’abord un light-novel (un roman avec quelques illustrations) qui a été adapté en manga. Je croise également les doigts pour un possible animé au vu du succès. C’est un seinen, c’est à dire qu’il est plutôt à destination de jeunes adultes masculins – ce qui ne veut pas dire grand chose en réalité car ces catégories sont de moins en moins respectées aujourd’hui. Deux tomes sont parus à ce jour en français aux éditions Kioon.

Bon, je ne vous le cache pas, il y a deux choses qui me poussent à choisir un manga dans les rayons : son titre ou sa couverture. Ici ça a été la couverture. Les dessins des Carnets de l’Apothicaire représentent un peu mon idéal manga : des yeux assez grands, des couleurs chatoyantes et des traits délicats. L’esthétique de ce manga est très belle et je trouve que c’est un gros point fort.

Les carnets de l'apothicaire - BD, informations, cotes

Les dessins sont très doux mais en disent beaucoup en quelques traits. Les carnets de l’Apothicaire n’est pas un de ces mangas où vous avez beaucoup de texte – il faut dire que c’est rare – les expressions de l’héroïne suffisent.

On suit Mao Mao, apprentie apothicaire qui, par un concours de circonstances malchanceux, se retrouve à travailler au harem impérial d’où elle ne peut s’échapper. Elle va tenter d’apporter anonymement son aide à une des concubines de l’empereur en position malheureuse mais se fait remarquer pour ses talents par les concubines et le responsable du harem…

***

Les carnets de l'Apothicaire, entre science et romantisme - Comixtrip

Malgré le harem qui sert de décor, l’intrigue s’éloigne pour le moment des clichés habituels de batailles entre concubines pour régner sur le harem… Même si on assiste à quelques intrigues de cour tout de même. Mao Mao résout quelques mystères (surtout d’ordre médical & empoisonné) tout en essayant de trouver un moyen de rentrer chez elle. Mao Mao habite avec son père dans le quartier des prostituées et certaines de ses réflexions et ses parallèles entre le harem et les maisons closes sont très intéressantes.

J’affectionne beaucoup la période historique elle-même même si dans notre cas, c’est plus pour le plaisir des yeux avec les jolies tenues & kiomonos que pour un lien réel avec la réalité.

***

Les Carnets de l'apothicaire - BD, avis, informations, images, albums -  BDTheque.com

Enfin, le dernier gros point fort de ce manga est son héroïne. Mao Mao est une jeune fille avec les pieds sur terre sauf lorsqu’il s’agit de poisons et d’expériences médicales où elle peut se changer en véritable fanatique obsessionnelle (Je ne plaisante pas. Elle aime boire et tester les poisons sur elle, ça veut tout dire non ?). La suivre peut s’avérer comique surtout lorsque, peu au courant des us et coutumes du harem, elle met les pieds dans le plat ou se méprend complètement sur la signification d’un geste. Ses interactions avec les autres personnes la rendent attachante. La relation qu’elle noue avec Jinshi – un homme de rang assez mystérieux qui s’occupe du harem et a repéré les talents de notre héroïne – est amusante et nous fait espérer qu’un peu plus que de la méfiance s’installera entre ces deux là !


En addition de cette petite chronique en image, j’ai décidé d’ajouter une « touche personnelle » et un peu originale dirons – nous. En complément de l’œuvre que je vous présente, je vous propose un petit « point culture » sur un détail, un élément du manga dont je souhaite vous parler sans prétendre non plus à un doctorat d’histoire. Disons qu’il s’agit quelques éclaircissements ou anecdotes sur un sujet choisi ! 🙂

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler un peu du harem impérial –  principal lieu de l’intrigue dans les Carnets de l’Apothicaire
Le « harem » est un lieu qu’on retrouve de plus en plus dans les webtoons coréens notamment avec ce modèle de la concubine rejetée qui revient en force, élimine ses concurrentes et conquiert la place d’impératrice … et je passe rapidement. 

Pour faire un peu d’histoire sur ce lieu assez emblématique, le mot ‘harem’ vient de l’arabe, haram, ce qui est interdit par Dieu, à l’opposé de halal ce qui est autorisé par Dieu. Certains historiens disent également que harem signifie « ce qui est interdit aux hommes ». Dans les pays arabes, un harem était plus qu’un lieu où on enfermait les femmes selon l’image occidentale répandue. C’était des lieux d’éducation des jeunes filles qui y entraient, elles y apprenaient les langues, la musique, la danse, elles se cultivaient … Certaines d’entre elles pouvaient en sortir pour se marier. 

Pour la Chine impériale – qui est plus ce dont je vais vous parler – on parle plutôt de ‘gynécée’. Gynécée vient du grec et désignait le lieu de vie des femmes grecques, séparé de celui de leur mari. 

Le Gynécée impérial était très important en Chine et faisait l’objet de lois et de règles précises ainsi que d’un cérémonial rigoureux. Les concubines étaient organisées hiérarchiquement – si vous lisez des webtoons, vous avez peut-être déjà remarqué les différentes adresses/titres :
– noble épouse impériale
– noble épouse, épouse
– concubine
– noble
– préposée
Tout ce beau monde dirigé par l’impératrice. Au sein du gynécée, il peut également y avoir une impératrice douairière, c’est à dire la mère de l’empereur.
Cette hiérarchie et les titres qui y étaient associés ont changé selon les empereurs et selon les dynasties. La liste que je vous ai présenté correspond au système de la dynastie Qing dit le plus simple de l’Histoire de Chine. Vous avez donc une petite idée de la complexité du système … 

Les rangs des concubines correspondaient à plusieurs choses : si elles avaient eu un enfant, leur origine sociale, pourquoi étaient-elles entrées dans le harem (motif politique ? Ou empereur un peu trop empressé ?). Certaines n’ont même jamais touché l’empereur. Bref, le gynécée impérial était effectivement un lieu politique et d’influence. Certaines concubines ont dans l’Histoire de Chine exercé plus d’influence que l’impératrice sans compter que la mère du futur empereur détenait un pouvoir considérable même si elle n’était que concubine. Cixi, la mère du dernier empereur de Chine est devenue impératrice douairière et il est établi qu’elle a exercé le pouvoir en coulisse à la place de son fils puis de son neveu de 1861 à 1908. À l’origine, elle était concubine de l’empereur. 

Pourquoi entretenir autant de femmes – on dit que certains harems comptaient jusqu’à 1 000 femmes – allez-vous me dire ? Je parlerai ici de la Chine et du Japon où le système est un peu différent. 

En Chine, il s’agissait certes d’assurer l’avenir de la dynastie mais également de renvoyer une certaine image de l’empereur. Je rappelle tout de même que l’empire de Chine c’est plus de deux milles ans d’histoire donc cette conception a pu changer et se modifier au cours des siècles. Dans certaines doctrines chinoises, l’empereur se devait d’avoir beaucoup de femmes pour prouver sa virilité et ainsi son aptitude à régner. Aujourd’hui, je pense pouvoir dire, sans me faire supplicier pour avoir manqué de respect à l’empereur, que ça se discute non ?
Le système pour convier (hum hum) les concubines chez l’empereur étaient un cérémonial rigoureux : l’empereur ne choisissait pas à proprement parler, un mandarin préposé à la tâche sélectionnait trois tablettes avec trois noms de concubines gravées dessus et l’empereur choisissait parmi celles-là. La concubine était fouillée avant d’arriver pour vérifier qu’elle ne portait pas d’armes (le Vigipirate de l’époque si vous voulez) et elle devait partir tôt le matin. Bref loin du glamour et du romantisme des films.

Au Japon, le système des concubines a existé mais je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations. Elles n’étaient pas organisées en harem, l’empereur prenait une concubine pour assurer l’avenir de la dynastie. À la naissance, l’enfant était retiré à sa mère et présenté comme celui de l’impératrice. L’existence de la concubine n’était donc pas reconnue officiellement même si la famille impériale s’occupait d’elle jusqu’à sa mort. 

Comme vous pouvez le voir, le système est loin de nos fantasmes et des clichés habituels mais je pense que ça n’en reste pas moins un lieu intéressant à étudier car il est emblématique d’une culture différente de la nôtre.

***

Voilà rapidement quelques informations sur les harems, j’espère que cela vous a intéressé 🙂 .
Je ne fixe pas de date précise pour ce rendez-vous, sachez juste que tous les mois vous aurez le droit à une découverte manga et les détails culture qui vont avec. 😀

Par Sophie.


2 réflexions sur “Culture & Manga #1

  1. J’avais déjà lorgné un peu sur ce livre et ce qu’en avait dit Alex Bouquine en prada avait renforcée ma curiosité pour cette nouvelle saga mais alors là tu m’as 100% convaincue de lui donner sa chance dès que je le croiserai sur les rayonnages de ma bibliothèque ! Ca a l’air génial et je ne peux que t’approuver dans ton envie de voir tout ca adapté en anime! Imagines tout ces costumes, ces couleurs en anime, ce serait vraiment chouette je pense *0*

    Aimé par 1 personne

On en discute ? ;)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s