La Vie Invisible d’Addie LaRue de V.E. Schwab

Save Your Tears – The Weeknd

La Vie Invisible d’Addie LaRue est un roman de V.E. Schwab paru aux éditions Lumen. Il compte 464 pages.

Une nuit de 1714, dans un moment de désespoir, une jeune femme avide de liberté scelle un pacte avec le diable. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, en échange, personne ne pourra jamais plus se rappeler ni son nom ni son visage. La voilà condamnée à traverser les âges comme un fantôme, incapable de raconter son histoire, aussitôt effacée de la mémoire de tous ceux qui croisent sa route. 

Ainsi commence une vie extraordinaire, faite de découvertes et d’aventures stupéfiantes, qui la mènent pendant plusieurs siècles de rencontres en rencontres, toujours éphémères, dans plusieurs pays d’Europe d’abord, puis dans le monde entier. Jusqu’au jour où elle pénètre dans une petite librairie à New York : et là, pour la première fois en trois cents ans, l’homme derrière le comptoir la reconnaît. Quelle peut donc bien être la raison de ce miracle ? Est-ce un piège ou un incroyable coup de chance ? 

Embarquée dans un voyage à travers les époques et les continents, poursuivie par un démon lui-même fasciné par sa proie… jusqu’où Addie ira-t-elle pour laisser sa marque, enfin, sur le monde ?

***

Après la Neuvième Maison de Leigh Bardugo, on continue dans les histoires de fantômes, même si Addie tient plus de la légende qui vous file entre les doigts quand vous tentez de vous remémorer ce qui s’est passé. C’était tout de même une très bonne lecture – vous m’avez promis un livre que je n’arriverai plus à lâcher et le pari a été tenu ! Je vous détaille tout ça. Dernier point important : je spoile (un chouia dans les largeurs d’ailleurs) donc attention si vous ne l’avez pas encore lu ! 

Je me souviens de toi. 

La Vie Invisible d’Addie LaRue n’est pas franchement une histoire faite d’action mais possède un côté biographique très présent : on suit notre héroïne, Addie à différentes périodes de sa vie selon les chapitres. Le croisement est intéressant et on ne s’y perd pas non plus. Les chapitres se répartissent entre : 

  • Sa vie dans le présent à New York. 
  • Sa vie avant la « malédiction » et ce qui la conduit là et progressivement ces chapitres retracent sa vie à travers les siècles. 

Il s’agit plutôt un livre sur le temps qui passe, les relations humaines, la notion de vie réussie aussi : personne ne se souvient d’Addie mais elle a inspiré quantité d’artistes et expérimenté des milliards de choses. J’ai trouvé le principe très intéressant et très ancré dans la réalité : au début de chaque partie (il y en a sept), une œuvre d’art est mentionnée et on peut identifier les traces qui montrent que c’est Addie qui l’a inspirée. Cela rend l’histoire encore plus réelle. 

La disposition des chapitres permet de faire des révélations au compte goutte et très bien maitrisées et c’est ce qui fait tout l’attrait du livre. Comme dit précédemment, le livre n’est pas axé sur l’action mais il y a des révélations progressives, des découvertes du côté des personnages. On se doute de certaines choses mais il est intéressant de voir comment elles sont amenées car tous les cas de figure sont esquissés. J’ai vraiment beaucoup apprécié cet aspect du livre qui nous tient un peu en haleine ; les révélations impactent les relations entre les personnages qui prennent des tournures différentes. 

Au cours de ma lecture, une certaine phrase m’est souvent venue en tête : mieux vaut être seul que mal accompagné. Ici, les choses ne sont pas si simples puisque la solitude d’Addie est intrinsèquement liée à l’oubli et la répétition. Elle revit sans cesse les mêmes moments avec les personnes qu’elle croise régulièrement (nous ne sommes décidément d’aucune originalité face aux inconnus). Elle n’a pas seulement pas d’ami.e.s, elle n’a aucune relation tout court et elle doit faire également une croix sur sa propre histoire et sa propre identité qu’elle est incapable de raconter. 

Souviens toi de moi. 

J’ai adoré le personnage d’Addie : elle est forte, courageuse et indépendante. Ce livre c’est aussi la question : est-ce que la souffrance d’être oubliée vaut cette vie ?  Qu’est-ce qu’une vie qui mérite d’être vécue ? À quoi sert de vivre des milliers de choses si personne n’est là pour s’en souvenir ? Est-ce qu’elle l’aurait refait ? Et oui Addie ne regrette pas, elle a confiance en elle et se relève, persévère face à la difficulté. C’est intéressant d’avoir le point de vue d’Henry sur Addie car on se rend encore plus compte de sa force mais aussi de la fascination et de l’inspiration qu’elle peut provoquer. 

Ses relations aux deux protagonistes masculins sont questionnés aussi : déjà parce que ce sont les seuls qui peuvent se souvenir d’elle donc Addie n’a pas le choix de ses « amis », d’ailleurs un ami est-il simplement celui qui te connait à travers les siècles et qui se souvient de toi ?

C’est la grande question que je me suis posée avec Luc – personne que j’ai vraiment beaucoup apprécié en passant. Je ne regrette pas du tout de n’avoir à aucun moment son point de vue dans le livre car je pense que ça aurait enlevé beaucoup de son charme au personnage. Il passe de dieu cruel à humain et sa relation avec Addie évolue à travers les siècles au fil de leurs rencontres. Jusqu’à la fin, je trouve qu’il est difficile à cerner avec Addie : l’aime-t-il vraiment ? Est-ce une ruse ? Est-ce qu’il ne se sent pas plutôt seul ? Est-il réellement manipulateur ou aime-t-il le faire croire à Addie ? Henry ne représentait-il pas plutôt un cadeau pour elle qu’un moyen de la briser ? J’ai trouvé que Addie ressemblait bien plus à Luc qu’à Henry – ce qu’elle finit par s’avouer et cela rend leur relation encore plus intéressante encore. Quelque part, Luc est le reflet de ce qu’Addie est devenue et Henry le reflet de ce qu’elle aurait pu devenir / était avec son pacte avec Luc. La relation entre Luc et Addie est rendue encore plus particulière puisque Luc est un dieu mais joue constamment sur le fait qu’il porte l’apparence d’un personnage qu’Addie a créé pour être son amant. Il illustre aussi la phrase : la créature échappe au contrôle de con créateur … mais on pourrait dire ça aussi de Addie puisque Luc a fait d’elle ce qu’elle est mais elle a toujours refusé de se soumettre à lui pour autant. 

Bref je vais me répéter mais c’est vraiment un livre qui vous fait réfléchir sur les relations humaines des personnages entre autres. 

Henry est intéressant aussi : il représente un peu un intermède dans la vie d’Addie. Pour moi il est plus son ami qu’autre chose, il représente un peu l’opposé de sa relation avec Luc – Addie est disposée à l’aimer dès le départ. Il m’a néanmoins laissé une moins forte impression que Luc – ce qui est un peu paradoxale car je pense qu’il est plus présent que le dieu sur l’ensemble du livre. Son histoire et les peurs qui y sont associées sont touchantes.  

Les idées sont plus tenaces que les souvenirs.

J’avais beaucoup d’appréhensions sur la fin, surtout que je ne voyais pas comment cela pouvait se terminer et aucune des possibilités qui me venaient en tête ne me plaisait spécialement ni ne cadraient avec le ton général du livre. J’ai été à demi-surprise sur certains points mais finalement le dernier chapitre m’a livrée une conclusion très satisfaisante et qui sonne finalement très juste avec le personnage d’Addie.

Je pense que le style de l’autrice contribue beaucoup à mon appréciation de ce livre. Les chapitres sont très courts et s’enchainent extrêmement bien. Il est facile de faire une pause dans sa lecture (quand votre coloc a désespérément besoin d’aide par exemple) pour revenir quelques heures plus tard sans avoir à remonter deux pages plus hauts pour vous rappeler de ce qui se passait quand vous avez été coupé. C’est un livre dans lequel on rentre facilement, on partage rapidement les émotions d’Addie, de son désespoir à son émerveillement ou sa nostalgie. L’écriture de l’autrice fait un travail assez incroyable pour véhiculer ses sentiments jusqu’au lecteur. 

***

En conclusion : ♥♥♥♥ J’ai passé un très bon moment (et difficilement oubliable) aux côtés d’Addie, Henry et Luc. Je pense que si un jour, j’ai l’occasion de visiter New York (on peut toujours rêver), je ressortirai ce livre pour retrouver les rues et les coins explorés par nos protagonistes et un peu de ce sentiment de liberté face à l’inconnu à découvrir ! 

Par Sophie. 


3 réflexions sur “La Vie Invisible d’Addie LaRue de V.E. Schwab

On en discute ? ;)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s