Déracinée de Naomi Novik

Little Bit of Love – Tom Grennan

Déracinée est un one-shot de Naomi Novik publié aux éditions J’ai Lu. Le livre compte 512 pages.

Depuis toujours, le village de Dvernik est protégé des assauts du Bois – une forêt maléfique douée d’une volonté propre – par le «Dragon», un puissant magicien.

Celui-ci, en échange de ses services, prélève un lourd tribut : à chaque génération, la plus jolie jeune femme de la communauté disparaît dans sa tour.

Cette année, c’est Kasia qui sera choisie. Forcément, c’est la plus belle, la plus populaire. Personne n’en doute, et encore moins Agnieszka, qui n’a jamais voulu de cet honneur.

Mais les choses ne vont pourtant pas se passer comme prévu, et Agnieszka va découvrir un monde au-delà de l’entendement…

***

Je commence cette chronique avec une mention spéciale pour le titre, très bien choisi à plusieurs niveaux que l’on comprend bien une fois qu’on a fini le livre ! Maintenant que c’est fait, passons aux choses sérieuses !

J’ai eu un début difficile avec Déracinée alors que l’on m’en disait beaucoup de bien. J’ai eu très peur d’être déçue, surtout que j’identifiais un peu les sources du malaise : je sortais d’une lecture au style très différent. Ici, le style de l’autrice est peu descriptif dans le sens où on s’attarde peu sur les évènements. Beaucoup de choses s’enchaînent sans qu’on ait le temps d’en prendre la mesure : une page est consacrée à un gros bouleversement de l’histoire par exemple. Une fois qu’on est habitué, cela va mieux mais ça reste un petit regret que j’ai eu.

Mais j’ai été récompensé pour ma persévérance car l’ambiance et l’univers sont vraiment très immersifs : l’histoire s’inspire de légendes polonaises il me semble, tout du moins d’Europe de l’Est. J’ai beaucoup aimé le principe avec le Bois, sorte de forêt maudite et vivante qui cherche à dévorer les territoires alentours ainsi que la magie qui était très présente dans le livre.

– Kasia, l’appelai-je en mettant les mains en coupe devant sa figure.
La lumière du sort se concentra à l’intérieur, une lumière blanche d’une brillance incroyable, difficile à supporter. Je vis mon propre visage se refléter dans ses grandes prunelles vitreuses et écarquillées ; j’y découvris également mes jalousies secrètes, le fait d’avoir toujours voulu posséder tous ses atouts sans être prête à en payer le prix.[…] Toutes ces occasions durant lesquelles je m’étais sentie telle une moins que rien, la fille qui n’avait aucune valeur, celle que nul seigneur ne désirait jamais ; ces jours où j’avais l’impression d’être une grande godiche à côté d’elle. Tous les traitements de faveur qu’elle recevait : la place qui lui était réservée, les cadeaux nombreux et les attentions multiples, chacun profitant de la moindre possibilité de lui témoigner son amour tant qu’il était encore temps. A de nombreuses reprises, j’avais voulue être celle qui était spéciale, celle que tout le monde aurait choisie. Pas longtemps, jamais longtemps, mais à présent je me rendais compte de ma lâcheté : j’avais rêvé d’être unique, je l’avais secrètement jalousée, sachant que je pouvais m’offrir le luxe de revenir à ma vie normale quand j’en avait envie.[…] Je devais m’exposer à elle aussi complètement qu’un ver blanc se tortillant sous une bûche retournée. Et je devais la voir à nu, ce qui me faisait encore plus mal, car elle m’avait détestée également.

Les personnages, en particulier féminins, ont également été largement à la hauteur de mes espérances : Agnieszka est une héroïne qui se révèle progressivement et j’ai finalement été conquise. Elle fonce parfois tête baissée mais ça n’enlève rien à son courage et surtout à son entêtement (parlons de force intérieure, celui lui rendra plus justice). Elle m’a fait également rire quelques fois pour ses réactions décalées et ses réflexions intérieures. J’ai énormément aimé l’amitié entre Agnieszka et Kasia qui était vraiment bien en valeur, en toute complexité également. Comme dit plus haut, je tiens à saluer toutes les femmes présentes dans ce roman car elles sont toute badass et admirables à un moment ou à un autre de l’histoire et cela fait si plaisir à lire !

En revanche, pour ce qui est de la gent masculine … Je dirais que l’autrice a très bien réussi son coup puisqu’ils sont (presque) tous haïssable (combien de fois ai-je rêvé de fracasser la tête du prince contre un gros rocher !) et ne sont clairement pas construits pour être porté dans nos cœurs. Merci à toi Dragon, d’exister pour remonter un peu la gent masculine en perdition dans ce livre, tu les sauves en partie ! Le Dragon, notre deuxième protagoniste fort bourru, est pour le moins mystérieux et on lève le voile petit à petit sur certains de ses secrets. Au début je pensais qu’il serait dans le rôle de « mentor » mais finalement Agnieszka lui en apprend autant sur la magie que lui donc … pas tellement. Cela rééquilibre leur relation (une minuscule touche de romance qui a fait vibrer mon petit cœur).

Elle m’en avait voulu d’être en sécurité, d’être choyée. Ma mère ne m’avait jamais imposé de grimper à des arbres trop hauts ; ma mère ne m’avait pas forcée à effectuer quotidiennement les trois heures de marche aller-retour jusqu’à la boulangerie chaude et poisseuse du village voisin pour apprendre à cuisine pour un seigneur. Ma mère ne m’avait pas tourné le dos quand je me mettais à pleurer, ne m’avait pas dit d’être courageuse. Ma mère ne m’avait pas donné trois cents coups de peigne par nuit pour que je reste belle, comme si elle voulait que je sois choisie ; comme si elle voulait une fille qui irait à la ville pour y devenir riche et envoyer de l’argent à ses frères et sœurs restants, ceux qu’elle s’autoriserait à aimer – oh, je n’avais jamais imaginé cette secrète amertume, aussi aigre que du lait tourné. Et puis…et puis elle me détestait même d’avoir été choisie. Elle n’était pas l’élue, après tout. Je la vis assise à la fête après coup, perdue, tandis que tout le monde murmurait autour d’elle. Elle ne s’était jamais imaginé restant au village, dans une maison qui n’avait pas prévu de l’abriter plus longtemps. Elle s’était résolue à paye le prix de ses dons et à faire montre de courage. Sauf qu’à présent, elle n’avait plus de raison d’être brave, et plus d’avenir radieux en perspective. Les garçons plus âgés lui souriaient avec une sorte de confiance étrange et de suffisance. Une demi-douzaine d’entre eux l’avaient observée de loin, comme s’ils n’osaient pas l’approcher, lui parlaient désormais avec familiarité, comme si elle n’avait rien d’autre à faire que d’attendre d’être choisie par un autre. Et quand j’étais revenue tout en soie et en velours, les cheveux pris dans un filet de bijoux, les mains pleines de magie, indépendante, elle s’était dit : Cela devrait être moi, cela aurait dû être moi; comme si j’étais une voleuse qui lui avait usurpé son bien.

L’intrigue est vraiment riche et vaste : l’avantage du style d’écriture de l’autrice est qu’il se passe beaucoup de choses, avec de nombreux retournements de situations. Au début je ne savais pas trop où l’autrice souhaitait m’emmener et puis petit à petit on comprend quel va être le « problème » principal du livre – ce qui n’empêche pas d’être plusieurs fois surpris. Si j’étais tatillonne, je dirais que chronologiquement il se passe beaucoup de choses dans un laps de temps excessivement court mais j’ai beaucoup aimé le livre donc faites comme si je n’avais rien dit 🙂

***

En conclusion : ♥♥♥ Une jolie fin pour un très bon moment passé en compagnie d’Agnieszka malgré quelques appréhensions dues au style de l’autrice auquel j’ai eu du mal à m’habituer. L’intrigue est très riche et il faut décrocher un peu de la crédibilité et du laps de temps dans lequel ça se passe pour bien profiter des retournements de situation et de l’ambiance bien particulière de ce roman ! Je pense que je vais m’intéresser aux autres livres de Naomi Novik puisque celui-ci m’a globalement laissé une bonne impression !

Par Sophie.


6 réflexions sur “Déracinée de Naomi Novik

    1. Je suis d’accord c’est vraiment un point fort du livre 🙂
      C’est vrai que j’ai regardé un peu ces autres romans et ils ne me font pas autant envie que Déracinée. Je vais quand même leur laisser leur chance vu que j’ai beaucoup aimé celui-là 🙂

      J’aime

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