La duperie de Guenièvre par Kiersten White

Abordage en mer rouge – OST Kaamelot

La Duperie de Guenièvre est le premier tome de la série L’ascension de Camelot écrite par Kiersten White. Il est publié aux éditions De Saxus en 2021 et compte 407 pages.

La princesse Guenièvre arrive à Camelot pour épouser le charismatique Roi Arthur, mais elle n’est pas celle qu’elle prétend être. Son vrai nom et sa véritable identité sont un secret. La magie a été interdite dans le royaume et le sorcier Merlin qui en a été banni a trouvé un moyen de protéger le roi : faire de Guenièvre sa femme… et sa protectrice contre ceux qui veulent voir la ville du jeune souverain tomber.

Pour sauver la vie d’Arthur, sa nouvelle épouse va devoir naviguer dans une cour où les anciennes valeurs qui s’opposent au changement côtoient de nouvelles voix qui se battent pour un monde meilleur. Mais au cœur de la forêt et dans les sombres profondeurs des lacs, la plus terrible des menaces attend pour récupérer ce qui lui est dû… Les chevaliers d’Arthur croient qu’ils sont assez forts pour faire face à n’importe quel danger, mais Guenièvre sait qu’il faudra bien plus que des épées pour garder Camelot libre.

Des joutes meurtrières aux trahisons et aux romances interdites, La duperie de Guenièvre propose une lecture inédite et fascinante de la plus grande des légendes. Le combat entre la magie et le fer, le bien et le mal. Une œuvre forte, novatrice et indispensable.

***

Ce livre m’a été gracieusement fourni par Nina, qui, voyant le désespoir dans mes yeux, a eu pitié de ma pauvre âme en manque de livres. C’était donc avec confiance que j’entamais ce livre, heureuse de plonger, pour une fois, dans un roman de fantasy ayant pour cadre les légendes arthuriennes.

Et… j’ai été déçue. Je ne peux pas dire que le livre est mauvais : il y a plein de bonnes idées, l’histoire est sympathique, ça se lit facilement, et j’ai été sans problème jusqu’au bout du livre. Mais certains éléments m’ont laissée quelque peu perplexe. Pour vous expliquer tout ça, je vais spoiler le livre, donc s’il est dans votre PAL, il vaudrait mieux le lire avant. Vous êtes prévenus, il ne faudra pas venir se plaindre après !

Nous suivons donc l’histoire de Guenièvre, une jeune femme de 16 ans qui doit épouser le roi Arthur, souverain de Camelot. Jusque là, tout va bien. Mais on apprend bien vite que Guenièvre n’est en réalité pas Guenièvre, mais une sorte de magicienne se faisant passer pour la future épouse du roi afin de pouvoir le protéger contre des menaces magiques. Elle est envoyée par Merlin, qui a été banni du royaume de Camelot mais veut quand même protéger Arthur. Ce dernier est d’ailleurs, au début de l’histoire, le seul à savoir que Guenièvre pratique la magie et son but. Et c’est bien heureux qu’il soit le seul à savoir ça, car la magie n’est pas la bienvenue à Camelot. Les personnes la pratiquant sont soit bannies, soit tuées. Nous suivons donc cette fameuse Guenièvre dans ses aventures à Camelot. Tout en essayant d’apprendre les usages de la cour, elle enquête pour déterminer quelle menace magique plane sur le roi. Elle suit plusieurs pistes en vain, avant d’apprendre qu’en réalité, Merlin ne l’a pas envoyée protéger Arthur d’une menace magique, mais pour qu’Arthur la protège. Cette révélation est suivie d’une grosse remise en question de son utilité dans la ville de Camelot. Elle se fait kidnapper par Méléagant, Lancelot et Mordred la sauvent, et ce dernier la persuade de réveiller les arbres pour tuer Méléagant sans faire porter le chapeau à Arthur (et oui, étant la femme et les chevaliers d’Arthur, pas sûr que tuer directement Méléagant soit le bon moyen de maintenir la paix dans le pays). Guenièvre s’exécute et oh ! Surprise c’était en réalité un piège pour que la Reine Noire puisse à nouveau fouler le sol après avoir été bannie par Merlin.

Voilà le topo. J’ai bien évidemment zappé plein de passages et une bonne partie de l’enquête de Guenièvre mais elle de toute façon assez peu intéressante, vu que Guenièvre se trompe tout le temps.

Il y avait le bien et le mal, mais il y avait tellement d’espace entre les deux

Maintenant que vous en savez un peu plus, je vais tenter d’expliquer pourquoi ce livre, pourtant prometteur, n’a pas, dans mon cas, tenu ses promesses.

On va commencer par ce qui va. Les descriptions sont pour moi un point fort : elles sont simples mais efficaces, et j’ai beaucoup aimé le visuel donné de la ville et du château de Camelot. Le seul petite bémol que je pourrais émettre serait sur les descriptions du marché de Camelot : je m’attendais à plus d’odeurs, de goûts, de bruits. C’est un défaut que beaucoup de livres jeunesse ont : décrire simplement par la vue, alors que notre perception du monde passe par les 5 sens. Cependant, la manière de décrire et le visuel proposés sont très sympathiques.

Indissociable des descriptions, l’univers dans lequel l’histoire se déroule est cool et plutôt unique. A part le Chevalier au Lion en 6è je n’ai jamais lu de romans ayant pour cadre les légendes arthuriennes, alors que pourtant, tout dans cet univers est propice à un bon roman fantasy : des chevaliers, des quêtes dangereuses, des dragons et autres créatures imaginaires, des magiciens et de la romance. J’étais donc plutôt contente de voir que l’auteure naviguait dans cet univers. Cependant, utiliser les légendes arthuriennes posent un problème : on connaît déjà les différentes histoires, et pire, les relations entre les personnages. Le fait que Mordred aime Guenièvre et trahisse Arthur, si ma mémoire est bonne, c’est ce qu’il se passe déjà dans les légendes que l’on connaît (et bon l’amour de Mordred pour Guenièvre, je l’ai grillé dès les 20 premières pages). L’auteure s’en est cependant plutôt bien sortie : elle a réussi à apporter une certaine touche d’originalité dans les histoires des uns et des autres.

Dernier point vraiment cool, l’utilisation de la magie. J’ai beaucoup aimé le fait qu’utiliser la magie ait un prix : je trouve que cela plus réaliste et plus intéressant. Même si dans le cas de la Duperie de Guenièvre, les contreparties sont assez inégales entre les différentes manières d’utiliser la magie : entre noyer quelqu’un pour pouvoir utiliser l’eau et donner un peu de son sang pour le fer, je crois que je préférerai utiliser le fer. J’ai également apprécier le côté « petite » magie (je sais pas vraiment comment décrire cela) avec le système de nœuds : en utilisant des cheveux, des cordes ou les franges d’un tapis, on peut se protéger des intrusions magiques ou ce genre de choses. Ca rend la magie presque quotidienne.

Ils gravitaient autour d’elle comme si elle était la terre et eux le soleil, adorateur mais lointain, la lune et les étoiles.

Sur l’histoire en tant que tel, je suis plus ambiguë : j’ai trouvé ça cool de voir qu’une femme magicienne était chargée de protéger le roi, mais plus l’histoire avançait, plus Guenièvre se transformait en une petite chose fragile à protéger. De protecteur elle devient protégée, elle réussit à se faire enlever en plein milieu d’une fête… D’ailleurs petite aparté : pourquoi Merlin a-t-il envoyé Guenièvre à Arthur sachant qu’Arthur place son royaume au dessus de tout ? Nan parce quand Guenièvre se fait kidnapper à la fin, Arthur n’envoie personne la récupérer, car ça voudrait dire déclencher une guerre contre Méléagant. Ce type mérite le titre de meilleur protecteur de l’année : sa femme se carapate tous les soirs pour enquêter et elle se fait kidnapper. Enfin bref, passons.

Deuxième point mitigé : les personnages secondaires. On suit principalement Guenièvre. Dans son aventure, elle côtoie beaucoup Brangien, sa camériste, Arthur, Mordred, Lancelot et mettons Dandrane (même si elle n’apparaît que peu souvent). Les autres chevaliers, comme Tristan, sieur Hector et sieur Keu, Perceval, Karadoc, etc… elle ne les voit qu’une fois et basta.

  • Donc dans l’ordre : Brangien est une camériste qui a été bannie avec Tristan parce qu’elle était amoureuse d’Yseult. Elle est attentionnée, méfiante envers Mordred et ne veut que le bonheur de Guenièvre. Elle-même pratique la magie des nœuds, sous une forme un peu différente. Personnage sympathique mais oubliable.
  • Arthur, le roi juste et bon, aimé de son peuple et soucieux de maintenir la paix et la prospérité. Il fait passer son royaume devant tout : et ça c’est plutôt cool dans le sens où on rencontre enfin un personnage jeunesse qui ne va pas sacrifier toute une population pour sauver la personne qu’il aime (et d’ailleurs c’est, je pense, ce qu’on attend d’un roi : si ce dernier est prêt à sacrifier tout son peuple juste pour une personne, moi je déménagerais immédiatement).
  • Mordred, chevalier doué au combat et qui aime Guenièvre, a tel point que dès les 20 premières pages, ça crève les yeux. Ce qui est encore plus frustrant, c’est que Guenièvre ne s’en aperçoit pas immédiatement.
  • Lancelot qui est ici une femme et qui veut devenir chevalier. Il n’y a pas grand-chose d’autre à dire.
  • Dandrane, la sœur de Perceval pas encore mariée. Personnage très oubliable, mais qui a au moins le mérite de souligner les différences entre de comportement entre Guenièvre et une femme habituée à la vie de cour.

Je crois que vous avez compris où je veux en venir. Les personnages secondaires sont certes là, mais j’ai cette impression qu’ils sont fantomatiques, et qu’ils n’existent que par le biais de Guenièvre. Par conséquent, ils sont tous assez oubliables.

Je n’ai pas rencontré un seul sanglier possédé, pas d’araignée démoniaque, ou d’esprit de l’eau vengeur. La forêt est assez terne sans vous.

Passons maintenant aux choses qui (selon moi) ne vont pas. Tout d’abord, et c’est le moins important des points, le manque de surprise. Par exemple, le fait que Lancelot soit une femme, c’est très peu surprenant, et pourtant cette information occupe une grande partie de l’histoire (Guenièvre pense que Lancelot est une menace magique pour Arthur). Le fait que Mordred aime Guenièvre, et qu’il trahisse Arthur à la fin en réveillant la Reine Noire. Autre exemple : la Dame du Lac vient voir Merlin et Guenièvre assiste par hasard à la scène. La Dame du Lac semble fâchée contre Merlin, et se plaint : « Pourquoi as-tu pris quelque chose d’aussi précieux ? […] Je reprendrai ce qui était à moi. Le garçon ne peut pas tout prendre. Il ne le mérite pas. ». Guenièvre pense tout de suite à Excalibur, qui a été donné à Arthur par la Dame du Lac. Je suis certaine que la Dame du Lac ne parle pas d’Excalibur, mais de Guenièvre elle-même. On n’a pas la réponse dans ce livre, et je ne lirais probablement pas la suite, mais je suis presque entièrement convaincue qu’il y a une sombre histoire derrière tout ça : Guenièvre est la fille de Merlin et de la Dame du Lac, ou un truc comme ça.

Deuxième point, l’écriture. Je sais que j’ai dit que les descriptions étaient simples et efficaces et donnaient un visuel sympa, mais pour le reste, les dialogues, les actions, ce genre de choses, je trouve l’écriture très – trop – simple. Et je pense que ce que je ressens est exacerbé par le fait que j’ai enchaîné Nevernight et la Duperie de Guenièvre sans faire de pause. J’aurais dû attendre un ou deux jours avant de commencer : là je suis passée d’une écriture très sarcastique, avec des scènes de violence, du contenu plus adulte à une écriture plus simple avec un contenu moins sanglant. Je pense que le choc des deux à fait que, cette fois-ci, j’ai particulièrement noté la simplicité dans l’écriture, qui peut ne pas être un défaut, il faut bien le noter. Le choc a été trop grand.

Dernier point, et pour moi de loin le pire de tous : Guenièvre. A la fin, je ne supportais plus cette fille. Je pense que le déclic a été lorsqu’elle apprend qu’en réalité c’est elle qui doit être protégée. Elle était déjà ennuyeuse avec ses états d’esprit, ses constantes interrogations et sa relation avec Arthur, mais quand on rajoute par dessus ses réflexions sur son inutilité, c’était trop pour moi.  Et une grande partie de mon désespoir envers ce personnage vient de deux choses : son espèce de triangle amoureux bizarre et son âge.

Premièrement, le triangle amoureux. Mordred aime Guenièvre. Guenièvre aime Mordred, mais elle aime aussi Arthur. Arthur aime Guenièvre (enfin je crois). D’ailleurs, c’est étrange comme on suit toujours la personne qui est au centre de ce triangle. Je n’aime déjà pas les histoires d’amour, alors si en plus il s’agit d’un triangle amoureux, je dis non. C’est trop pour moi. La meilleure solution que je vois pour rendre tout ça intéressant et surprenant, c’est que Mordred finisse avec Arthur.

Deuxièmement son âge. Mais ce n’est pas seulement lié à ce livre : les romans fantasy jeunesse et young adult ont pour la grande majorité, des héros et héroïnes qui ont entre 16 et 20 ans. Le truc, c’est qu’aujourd’hui je suis plutôt du côté 20 que 16. Et que je commence à ressentir un certain déphasage avec les personnages. Mais ce sujet, je le garde pour plus tard – ne vous inquiétez pas, j’ai plein de choses à dire dessus et je vais vite revenir vous soûler avec ces histoires de déphasage.

– Aucune camériste ne permettrait à sa dame de partir en voyage seule avec un chevalier !
– Mais elle permettrait à sa dame de chercher un dragon ?

Finalement, je pense qu’avec un ou deux changements, le livre serait passé de « Oui pourquoi pas » à « Oui il est génial ! ».

La diversification des points de vue : ne pas toujours rester sur Guenièvre, mais s’élargir à Arthur, Mordred ou même Brangien. Je ne sais pas si le fait de se focaliser sur Guenièvre c’était pour préserver certaines surprises, mais j’aurais bien aimé voir un peu plus de diversité, et surtout, mieux comprendre les points de vue des personnages (et je pense surtout à Mordred en disant cela).

Mettre en scène des personnages plus âgés, mais encore une fois, c’est un point commun à beaucoup de romans jeunesse. Outre l’état d’esprit et les réflexions des personnages, avoir des héros plus âgés auraient permis de parler d’un contenu plus adulte (c’est d’ailleurs un des défauts de Nevernight – mais ce n’est pas le sujet ici). Ici, on reste dans des réflexions centrée sur la prise de responsabilité, la rébellion contre l’autorité et les premiers sentiments amoureux (et comme ça fait le centième livre jeunesse que je lis avec ces thèmes, je commence à connaître la chanson).

En conclusion : ♥♥ Je voulais mettre deux cœurs et demi, mais je crois que WordPress ne veut pas. Alors voilà. Comme je le disais, il y a du bon et du moins bon. Des choses très sympathiques, et d’autres plus agaçantes. Je suis donc partagée et, je dois bien l’admettre, un peu déçue. Je ne lirais probablement pas la suite.

Par Claire.


2 réflexions sur “La duperie de Guenièvre par Kiersten White

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