Sexisme et Bit Lit

Coucou à tous ! Je vous retrouve pour un article un peu différent ce mercredi (le titre est lui-même parlant …). Je pensais depuis un moment vous proposer un format d’article plus libre et qui trancherait légèrement avec le reste de nos publications : je pense parfois à des sujets en rapport avec le monde du livre et associés mais qui ne sont pas assez denses ou sur lesquelles je n’ai pas assez de matière pour faire un long article. Du coup je pensais vous proposer des petits sujets, des réflexions un peu personnelles sur ces thèmes dans un format court (qui consistera sans doute pas mal à vous donner mon opinion ^^’). À voir si cela vous plait ou non. Je m’inspire un peu de différents articles parus précédemment comme Mon expérience sur Netgalley que j’avais écrit il y a un bout de temps déjà ou encore l’article de Nina sur la légitimité. Les sujets auxquels je pense seront du même goût ! Ce n’est pas non plus un rendez-vous, plutôt un rubrique qui paraîtra de temps en temps et pas obligatoirement rédigée par mes soins, Nina et Claire sont les bienvenues si elles veulent essayer ! Bienvenue donc dans mes petites réflexions de bibliophile, souvent stressée et en plein XXIème siècle. 

***

Donc aujourd’hui j’ai décidé de vous parler un peu d’un sujet qui me tient à cœur et sur lequel je réfléchis beaucoup : le sexisme dans les livres et précisément dans une catégorie que j’affectionne beaucoup : la bit lit. Nina m’a récemment conseillé un article du blog Planète Diversité  (le lien est ici) qui montre notamment le sexisme latent dans les descriptions de personnages féminins dans les romans fantasy, y compris chez ceux à succès comme ceux de Gabriel Katz. Et je vous avoue que cet article a retourné pas mal de choses chez moi ! J’avais déjà remarqué les descriptions féminines arbitraires dans les livres et je me posais pas mal de questions dessus sans jamais croiser réellement d’articles qui mettent tout en forme. Mon seul « regret » si on peut dire dans cet article c’est que le genre est très ciblé. Or je lis bien plus facilement de l’urban fantasy ou précisément de la bit lit où les descriptions des personnages sont assez différentes mais réputées pour mettre en avant des caractéristiques sexuellement attrayantes.

Il est rare de trouver un livre bit lit sans scène de sexe. J’ai déjà lu des commentaires sur certaines séries qui n’en contenaient pas, dans lesquels les lecteurs avouaient de but en blanc lire de la bit lit pour ça. Au delà des objections que l’on peut faire sur le fait de lire ce sous-genre juste pour le cul (je caricature), il est vrai que le sexe est très présent mais aussi que cette présence a une incidence sur les personnages. De plusieurs manières : les descriptions sont souvent « sexualisées » c’est à dire dans l’optique de dire « celui-là/celle-là je le/la verrais bien avec moi au lit » ; les personnages – souvent des créatures surnaturelles vous vous en doutez – sont pour la plupart ou au moins pour les protagonistes, très beaux, parfois un peu trop. Enfin je pense qu’on sous-estime parfois l’impact du point de vue adopté par l’auteur.ice, souvent à la première personne ou omniscient. Nous sommes donc dans les pensées d’un personnage et forcément au moment de d’embrasser votre partenaire, vous vous dites rarement : « qu’il est laid ! ». . Ce que je tiens d’abord à souligner, c’est que contrairement à une démarche que l’on qualifierait de sexiste dans le sens « la femme est réduite à un objet sexuel », ce processus fonctionne dans les deux sens : autant les hommes que les femmes sont décrits dans une optique sexuelle en insistant sur l’attraction et l’attirance, et je dirais même que les premiers le sont encore plus que les secondes car nous sommes souvent du point de vue d’une femme qui se trouve potentiellement face à des partenaires donc attirance. Je ne vous fais pas le tableau et c’est aussi une logique que l’on peut discuter (peut-être dans un autre article ?). 

Pour en venir enfin à mes « réflexions ». Je me demandais dans quelle mesure pouvait-on qualifier la description de sexiste. Stéréotypée certainement puisque tous les protagonistes finissent par être invariablement beaux et attirants, mais comme la logique s’applique aux deux ? (C’est une vrai question. Pas juste une rhétorique). J’ai donc essayé de trouver un peu des exemples de ce que j’ai dit précédemment pour réfléchir et de manière générale ne pas parler dans le vide (ma spécialité selon certains de mes professeurs …) ! Je vous ai donc sélectionné quatre exemples parmi mes séries fétiches pour développer un peu tout ça.

Le talent spécial de Jim était la menace. Il mesurait un mètre quatre-vingt-cinq et était bien bâti comme s’il pouvait traverser les murs solides d’un coup de poing et éviter une balle en même temps. Jim projetait la promesse contenue qu’il vous botterait le cul.
Kate Daniels tome 8 : Changement Magique d’Ilona Andrews

Il existe des séries bit lit où cette sexualisation des personnages est assez absente ou alors je l’ai imputé directement soit au point de vue adopté (Oui, on peut trouver son mari sexy) soit à une caractéristique « essentielle » du personnage décrit. C’est à dire que si l’une des caractéristiques de votre personnage est d’être insupportablement beau et d’évoquer le sexe à toute personne qui le voit, il est normal de le dire. C’est le cas en particulier des séries Kate Daniels d’Ilona Andrews et Mercy Thompson de Patricia Briggs. Sans faire de jugement hâtif, je me contente de faire remarquer que ce sont des séries où le sexe est aussi relativement absent ou jamais décrit surtout en comparaison d’autres séries. Ce que j’apprécie dans les descriptions de la série Kate Daniels, notamment celles masculines puisque nous sommes du point de vue de Kate, c’est justement cette forme d’objectivité. Les personnages sont très brièvement décrits et avec une caractéristique majeure, physique ou non. C’est aussi quelque chose que j’ai relevé chez Mercy Thompson : on s’attarde peu sur le physique des personnages, quelques caractéristiques majeures pour permettre au lecteur de se faire une idée. 

Une jeune femme entra dans la pièce. Elle mesurait à peine un mètre cinquante et était très mince. Sa peau avait la couleur des amandes grillées, son visage était large et rond. Elle regardait le monde à travers des lunettes épaisses et ses yeux derrière ses culs de bouteille de Coca étaient très bruns, presque noirs, avec une touche d’origine asiatique dans leur forme. 
Kate Daniels tome 3 : Attaque Magique d’Ilona Andrews

À l’inverse dans les séries Chasseuse de Vampires de Nalini Singh et Rebecca Kean de Cassandra O’Donnell, on insiste bien plus sur le physique des personnages et sur l’attrait qu’ils peuvent exercer. C’est une chose que Nina m’avait fait remarqué dans les Rebecca Kean : tous les personnages ou presque sont beaux. Parfaits physiquement. Et présentent à divers degrés pour les protagonistes masculins un attrait pour Rebecca dont j’ai parfois eu l’impression qu’elle avait un véritable harem à ses pieds (alors que le seul vrai, on le sait, c’est Raphaël). C’est quelque chose qui interpelle à la longue puisque seuls les « méchants » sont laids. Dans Chasseuse de Vampires, c’est la tension sexuelle permanente qui fait qu’il y a une insistance systématique sur le corps, les courbes ou les muscles des deux protagonistes. De manière générale, lorsqu’un personnage est décrit, son potentiel attrait sexuel est souligné : soit il est beau mais sans attrait sexuel, soit au contraire il y a une insistance sur ses caractéristiques physiques les plus désirables. C’est parfois un peu étouffant à la longue parce que c’est très répétitif, les mêmes choses sont citées à chaque fois (yeux, cheveux, bouche et je vous épargne la suite). J’aurais dû mal à parler de sexisme dans ces descriptions car comme je le disais, c’est le même traitement pour tout le monde. En revanche je pense pouvoir dire que c’est stéréotypé et aussi très réducteur sur les critères de beauté et d’attirance : la femme est forte mais d’une manière ou d’une autre sa féminité est tout de même mise en avant, et les hommes sont systématiquement très virils … Forcément je trouve que la vision véhiculée n’est pas très féministe dans le sens où elle enferme les femmes et les hommes (presque plus les hommes je trouve) dans un cliché et des attendus prédéfinis, même si à la lecture, on ne s’en rend pas forcément compte. 

Il était… « beau ». Ses yeux d’un bleu si pur… C’était comme si un artiste céleste avait écrasé des saphirs dans sa palette de couleurs et avait ensuite colorié les iris de l’Archange avec le plus fin des pinceaux. Elle titubait encore sous le choc de cette vision lorsqu’un vent soudain balaya le toit, soulevant des mèches des cheveux noirs de l’Archange. Mais noir était un mot trop faible pour décrire leur teinte. Car cette dernière était si pure qu’elle faisait écho à la nuit, intense et passionnée. Taillés en un dégradé négligé, ils s’arrêtaient à sa nuque, barrant les angles vifs de son visage, et Elena sentait l’envie lui démanger les doigts de les caresser. Oui, il était superbe, mais c’était la beauté d’un guerrier ou d’un conquérant. Cet homme avait la puissance dans la peau, inscrite sur chaque millimètre de sa chair, Et c’était avant qu’elle ne remarque l’exquise perfection de ses ailes. Leurs plumes étaient d’un blanc soyeux et semblaient saupoudrées d’or. Mais lorsqu’elle se concentra, elle découvrit ce qu’il en était vraiment – chaque filament de chaque plume avait une extrémité en or.
Chasseuse de Vampires tome 1 : Le Sang des Anges de Nalini Singh

***

Je vous remercie d’être allés au bout de cet article – je vous avoue que je pensais que ce serait plus court  ! Ceci est un premier jet, le format est susceptible d’évoluer. Je vous invite évidemment à laisser vos avis et commentaires et même vos conseils, je pense que vous aurez compris que ce genre d’article est aussi ouvert à la discussion ! Je serai ravie d’échanger avec vous. Je tiens également à  préciser que j’ai parlé de certaines séries dont j’ai pu pointer des défauts : ça ne m’empêche pas du tout de les aimer et de les relire. Sur ce, je retourne à mes cogitations et mes lectures !

Par Sophie.


7 réflexions sur “Sexisme et Bit Lit

  1. J’aime beaucoup Mercy Thompson et Kate Daniels parce que, comme tu le soulignes, le sexe est anecdotique 🙂
    En ce qui concerne le sexisme, il est clairement bien présent dans la bit-lit, mais ce qui me gêne bien plus, c’est le problème de consentement puisque dans la plupart des séries du genre, le viol est courant même si on ne dit jamais le nom…

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis d’accord que le consentement est très flou dans ce genre de série … Et même si je suis partisane de faire la part des choses entre fiction et réalité, voir autant ce problème dans le genre montre que c’est aussi un reflet de nos propres problèmes avec le consentement je pense ! Bref encore pas mal de défauts et de choses à changer 😅

      Aimé par 1 personne

  2. Je n’ai lu que les trois ou quatre premiers tomes de « Charley Davidson » et j’ai arrêté à cause de ça, et les romans de Lizzie Crowdagger que j’aime beaucoup (très queer et peu de sexualisation à outrance), donc je ne peux pas juger toute la bit-lit mais voilà, avec le peu que j’ai lu et les retours que j’ai eu, je constate que les séries sans hypersexualisation sont rares. Et cette hypersexualisation concerne ayant les hommes que les femmes, même quand le personnage principal ne s’intéresse qu’aux hommes. Et je pense qu’on peut parler de sexisme puisque cela peut concerner tout le monde, mais surtout de sexisme internalisé : que l’héroïne, uniquement attirée par les beaux gosses de sexe masculin nous parle du physique des autres femmes revient à une pratique courante dans notre société : juger et se comparer aux autres, que ce soit dans les films, les magazines, dans la rue… Et puis il y a toujours ce moment (en tout cas dans « Charley Davidson ») où l’héroïne évoque sa supposée fragilité alors que le reste du temps c’est la femme badass, forte…, tandis qu’elle va parler de la superbe musculature d’un sujet masculin, de sa force, de sa rapidité ou n’importe quel autre atout salvateur. Mine de rien, dans ces descriptions aguicheuses, qui sont là pour faire monter la température ou décrire les personnages (on ne sait jamais vraiment), on nous glisse, l’air de rien, que l’héroïne reste finalement bien faible et a toujours besoin de son love interest pour se sortir des mauvais pas. Quand c’est l’inverse qui se produit, l’héroïne qui sauve l’homme/le démon/l’ange… de sexe masculin, ça reste anecdotique ; comme tu le dis, c’est son point de vue à elle, et de fait, elle ne s’attarde pas sur ses réussites alors que, lorsqu’il s’agit du type au regard ténébreux, au corps si chaud, à la peau si parfaite, etc., ça en devient plus marquant car on y passe plus de temps (pour pas grand chose, finalement).
    Bref, c’est un peu confus, tout ce que je dis, mais en gros : l’héroïne ne s’attarde jamais sur ses réussites mais quand il s’agit d’un beau gosse, ça prend des dimensions toutes diffèrentes. De fait, on garde surtout en tête (et l’héroïne également) les échecs de la femmes, les moments où elle a eu besoin d’un sauveur. Aussi, en plus de nous parler pendant trois heures du physique de chaque homme canon qu’elle croise (à savoir tous sauf son père, son oncle… les membres de sa famille, quoi), elle nous décrit très souvent le physique des autres femmes, en s’arrêtant également sur le regard, les lèvres, la forme du visage, les cheveux (tout le temps! C’est hyper redondant même si ça permet de visualiser parfaitement les protagonistes) mais aussi sur la taille, la poitrine, etc. Pourquoi ? Soit pour se comparer à ces femmes, créant ainsi une insécurité supplémentaire pour l’héroïne, soit pour finalement nous dire qu’elle comprend qu’un détraqué s’intéresse à la dite femme (trop belle = trop d’attention).
    Et blablabla, j’essaie de faire court et je rallonge à chaque fois XD tes profs diraient la même chose pour moi !
    En somme, pour moi, la bit-lit est généralement très sexiste ; pas forcément par les descriptions des personnages mais également par les schémas de narration, etc. Enfin, ce n’est pas toujours un sexisme qui saute aux yeux mais il n’en reste pas moins présent. Bien sûr, cela n’empêche en rien d’apprécier ce genre de littérature (mais c’est mieux si on se rend compte et comprend ce qu’on lit – cela dit, je suis loin de tout savoir et tout remarquer, moi-même je me fais avoir par des biais ey je m’en rends compte bien plus tard, quand je m’en rends compte).

    J’espère ne pas avoir été trop longue… J’ai beaucoup aimé te lire, je trouve ce genre d’article toujours super intéressant ! Vivement les prochains 😊

    Aimé par 1 personne

    1. J’avais commencé la série Charley Davidson mais je n’ai jamais été plus loin que le troisième tome il me semble (le personnage de Charley me posait de gros problèmes). Les maigres souvenirs que j’en ai confirme totalement ce que tu dis, en particulier pour cette série où j’avais eu le sentiment que Charley « faisait la dure » pour s’enfuir en courant ensuite. Je pense que les auteurices de Bit Lit tentent de mettre en avant des héroïnes féminines fortes mais ne le soulignent finalement pas ou alors l’effet est réduit à néant car généralement le partenaire masculin se révèle plus fort que l’héroïne qui elle-même est un peu hors normes … Bref les clichés du genre. Après on trouve quand même quelques petites pépites, ce qui montre bien que ça tient aussi aux auteurices de faire l’effort de changer leurs codes. J’avoue que j’ai parfois du mal à relever ce genre de choses puisque c’est un genre que j’affectionne donc je me plonge dans les histoires et il est toujours plus difficile (je pense) de trouver des défauts à un livre que l’on a adoré plutôt qu’à un qu’on a détesté. Surtout quand le sexisme est aussi intériorisé donc il passe souvent inaperçu ! Mais je tiens personnellement à être consciente de ces mêmes défauts.
      Merci pour ce commentaire, il m’a vraiment plaisir ! Et je ne peux reprocher à personne d’écrire trop quand je vois la taille de mes propres réponses x) J’espère que la suite te plaira autant ! 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. Tout ce que l’on peut faire, c’est rester conscientes de tout cela et continuer à apprendre ! Après, on peut aussi avoir des plaisirs « coupables », il ne faut pas non plus se priver, mais c’est vrai que c’est bien d’être consciente, c’est déjà un grand pas !

        Aimé par 1 personne

On en discute ? ;)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s