Les Graciées par Kiran Millwood Hargrave

Fishbach – Feu

Les Graciées est un roman historique écrit par Kiran Millwood Hargrave et publié aux éditions Robert Laffont en 2020. Il compte 456 pages.

Norvège, 1617. Il a suffit d’une nuit de tempête et d’horreur. Depuis que la mer a rendu, cadavre après cadavre, tous les hommes de Vardø, les femmes du village ont pris les choses en main. La pêche. Les travaux domestiques. Mais il était dit, même aux confins du cercle polaire, qu’on ne laisserait jamais les femmes en paix. En vertu du Décret sur la sorcellerie, fraîchement entré en vigueur, il est venu du continent un pasteur étranger : Absalom Cornet, inquisiteur fanatique et chasseur de sorcières. Pour Maren, Kirsten et les autres, toutes prisonnières chacune à sa manière, le bûcher est déjà dressé…

***

Il y a à peine un mois, j’achetais les Graciées car je suis très attirée par les histoires prenant comme intrigue la chasse aux sorcières. Quelques heures après avoir tourné la dernière page de ce livre, je vous avoue ne pas m’être encore remise de cette grande claque. Ce livre est une pépite sur tous les plans, et je crains même que ma chronique ne lui rende pas suffisamment justice.

Notre histoire prend pour toile de fond le village de Vardø, en Norvège à partir de 1617. La vie de ce petit village se retrouve complètement bouleversée le jour où tous les hommes de la communauté se retrouvent engloutis par une tempête maritime sous les yeux de leurs femmes. Celles-ci en plus de porter leur deuil, vont devoir apprendre à faire communauté toutes ensemble, chercher à manger, entretenir le village et leurs maisons mais aussi aller de l’avant pour surmonter cette terrible tragédie. Trois ans après débarque parmi elles Absalom Cornet, délégué envoyé par le roi, mais surtout inquisiteur et chasseur de sorcières hors pair considérant que le village de Vardø doit être remis sur le droit chemin, et bien décidé à faire respecter les préceptes de la religion.

Je me souviens d’un temps où tu me disais que les runes te réconfortaient, un temps où les marins allaient trouver mon père pour qu’il lance ces os et leur indique le moment propice pour partir en mer. Tout cela n’est qu’un langage, Maren. Que tu ne le comprennes pas n’en fait pas l’œuvre du diable

Un aspect que j’ai énormément aimé dans ce livre, c’est la manière dont l’autrice parvient à nous faire visualiser le village de Vardø sans pour autant nous faire des pages et des pages de descriptions. Elle retranscrit parfaitement une ambiance sombre et froide, lourde au moment du deuil, puis plus légère au fur et à mesure, avant de redevenir très pesante. On s’imagine parfaitement les maisons sommaires dans lesquelles vivent toutes les femmes de Vardø, le chemin qu’elles prennent jusqu’à l’église, la vue qu’elles ont depuis la falaise, le port, la mer… J’ai vraiment été conquise par son écriture poétique et immersive, j’ai parfois même eu le sentiment d’être incluse dans l’histoire, laissant la chaleur de ma maison pour le froid du grand nord.

Les personnages sont aussi une grande force de ce roman. Leurs relations, leurs histoires en font un ensemble d’une grande richesse. Certains agiront par convictions, au risque de faire beaucoup de mal, d’autres par intérêt… mais dans leur grande majorité chacun d’eux s’attache à survivre à sa façon. Les femmes que nous découvrons au fur et à mesure de notre lecture sont toutes différentes, mais c’était extrêmement intéressant de les voir vivre en communauté, veiller les unes sur les autres parfois. L’arrivée d’Absalom Cornet va forcément être un tournant pour leur petit groupe.

Celui-ci a été très difficile à cerner pour ma part, mais avoir son point de vue sur les évènements est aussi un réel plus à l’histoire. L’autrice ne nous livre pas que l’histoire d’un groupe de femmes, mais aussi celle d’hommes qui les persécutaient convaincus du bien fondé de leur acte, de la pureté de leurs actions pourtant tant cruelles. Entre son départ de l’Ecosse et son arrivée à Vardø, il s’arrête dans la ville de Bergen pour se marier à une jeune fille, Ursula (qui est bien entendu bien plus jeune que lui), pour celle-ci aussi, l’arrivée dans le petit village va être un choc. Elle se retrouve déracinée loin de sa maison, de sa sœur et de son père aux côtés d’un homme violent qu’elle n’aime pas, et est contrainte de s’adapter à une vie qui n’était jusqu’alors pas la sienne. J’ai beaucoup aimé son personnage, elle est une femme touchante et pleine de bonne volonté, courageuse aussi et prête à prendre des risques pour les personnes qui comptent à ses yeux. La voir évoluer aux côtés des femmes de Vardø et se lier à certaines d’entre elle, mais aussi la voir mûrir, évoluer et acquérir de la force au fil de l’histoire m’a beaucoup émue. De même le personnages de Maren qui, si elle est originaire de Vardø et non de Bergen comme Ursula, a une personnalité vraiment similaire à cette dernière. Leur histoire est bouleversante et très touchante à découvrir au fur et à mesure de l’histoire.

Comment peuvent-ils agir au nom de Dieu ? S’exclame Maren, les yeux brûlants de larmes. Comment peuvent-ils qualifier leur œuvre de sacrées ?

Au-delà des personnages et de l’écriture de l’autrice que j’ai trouvé particulièrement bluffante, je trouve que ce livre nous permet aussi de réfléchir autant sur notre histoire que sur notre situation actuelle en tant que femmes. La coïncidence est marrante (non), car dans ma dernière chronique, à propos de Serpent & Dove qui traitait relativement de la même thématique, Light and Smell m’avait fait une remarque similaire, que cette persécution des femmes avait aujourd’hui une forme insidieuse, mais on peut au final en faire des parallèles avec notre histoire. Cette situation se ressent aussi beaucoup dans les Graciées : le rôle de la rumeur au sujet des femmes, de la réputation qu’elles doivent surveiller, de la suspicion à leur égard dès qu’elles sortent du « rang »… C’est tout un pan crucial du roman, et c’est très intéressant de voir comment chaque personnage y est sensible.

Bien évidemment la religion est aussi très présente derrière tout cela, chrétienne, qui s’oppose aux croyances ancestrales des peuples norvégiens. Au-delà de tous ces aspects, le livre est un roman historique qui s’inspire très lourdement de faits réels. L’autrice s’est énormément renseignée pour broder les détails d’une histoire qui a réellement existé, et c’est très intéressant à lire et à comparer avec ce qui a pu se passer en France aux mêmes époques. Tout ce travail apporte une grande crédibilité au récit et je pense que c’est aussi ce qui le rend si réussi.

En conclusion : ♥♥♥♥♥ Les Graciées est une incroyable lecture, qui a su me faire voyager dans le froid de la Norvège du XVII° siècle. J’y ai appris beaucoup, je me suis aussi beaucoup attachées aux femmes de Vardø que j’ai eu grand peine à quitter.

Par Nina


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